La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIII- vol 01

LA REVGE SOCIALISTE En face de sa famille, de ses maitres, s'il ne se fùt pas senti soutenu par s.1 sœur, qui ne se bornait pas à des conseils, mais ouwait sa bourse, s'ingéniait ,1 lui chercher une situation en rapport a,·ec ses désirs d'études, l't'.!nergic d'Ernest Renan ne pouv:iit-elle faiblir! Et pour la ~œur Jlcnriette, loin des siens, dans l\:mploi accepté pour ,·i,-re qui la retenait au milieu d'étrangers, le soin de cc frère plus jeune, en qui n:sidait tout l'espoir de la famille bretonne, pour lequel on :1sait fait « tous les sacrifices », l'amour de cc frère nè fut-il pas une s.iuvcgar<lc, un but? Peut-on n'être pas touché, pé111:tré profond.'.:mcnt, lorsqu'elle confond son rêve avec ceux d'Ernest, au point de dire si joliment « notre avenir ,;, parlant de l'avenir de son frère, car, pour clic, il n'en est guère d'aH'nir. .. Depuis le jour, où, leur père mort, clic se trouve, en somme, ù b tête de la famille : « A partir de cc moment, notre état fut la pauvreté ... Ma sœur avait dix-sept ans. Sa foi. était toujours vive, et plus d'une fois la pensée <l'embrasser la ,·ic religieuse avait fortement preoccupL: son esprit. Le soir, en hiver, clic m'amenait à l'église sous son manteau; c'était pour moi une grande joie de fouler la neige, :iinsi abrité de toutes parts ... Elle s'cm·isageait comme chargé de mon avenir. Un jour, trouvant mes mouvements embarrassés, clic vit que je cherchais timidement à dissimuler le dffaut d'un vêtement USL:.Elle pleura : la vue de cc paunc enfant destiné à Li misère, avec d'autres instincts, lui serra le cœur. Elle n:solut d'accepter le comb:lt de la vie et s'imposa la tâche de combler, à clic seule, l'abime que la mauvaise fortune de notre pcrc avait creusé devant nous ... » Avec quelle vaillance, clic se rcsignc et accomplit le labeur viril auquel clic se ,·ouc ! Et comme son ,1me aux dun.:tés de la lutte se trempe et se forge! Il faut, pour s'en rendre compte, scruter cette correspondance, voir de quels lumineux conseils clic éclaire la route t.:nébrcuse ou s'aventure son frérc, ou, toujours, comme de cc manteau dont clic garantissait l'enfant contre le froid, de son amour et de sa sagesse clic c1weloppait et choyait cc frcre - de si loin, pendant dix ans d'exil, - avant leur existence commune, en attendant d'aller mourir des fièwcs, au milieu d'un Yoyagc en Orient avec lui, - sous les palmiers d'Amschit, sur la terre des mystères antiques, pri:s de la sainte Byblos. Quel rare exemple d'entente de cœur et d'esprit, qui monte de ces papiers lointains que l'on ,·ient <l'exhumer - qui datent de cinqu,tntc ans, cffusions de tendresse, plans de Yic d'un petit Breton parti de son YilL1ge pour aller apprendre à dire la mess<.:, et d'une petite Bretonne expatriée pour n'être plus ,1 charge à ses parents ... L'un est devenu Ernest Renan, et sa sœur aussi est devenue « Ernest Renan », oserais-je dire - tant la vie d'Henriette se dé,·crsa dans celle de son frère, toute; cdui-ci n'eùt pas 6té, peut-être, sans cdlc-1.i ...

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