La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIII- vol 01

~60. LA RE\'t:E SOCIALISn: on que je les honore? Ne serais-je pas expose cent fois pour une à honorc.:r la fr,rndc, l'aYaricc et la cupi<lite? Et pourquoi, <l'ailleurs, les honorer? lis n'ont traY.tillé que pour eux. Les puissants J'aujour<l'hui ne tr,n-aillent et sont autorises à ne traYaillt.:r que pour eux. » ( Distours, p. 28.) \'oil.\ bien la question posée et posée Jans toute son ampleur: le mal pro, icnt de l'orientation individualiste de l'activité, c'cst-:\-dirc <l'une fausse conception de Li Yic et du cara.:tèrc in<liYidualistc <le l:t legisbtion, c'cst-.\-<lire <le la m.m,·aise organisation politique. Aussi est-cc pour n:,1gir contre cet i11dh•id11nlis111c qu'il i1wente le mot snci11/is111c. « C'est moi, dit-il, dans la Grh•e de Sa11ure,, p. 255, qui, le premier, me suis scrYi <lu mot soâalis111 •. C'était un néologisme alors, un neologism~ n~.:css;1ire pour faire opposition ;\ l'i11di1,id11nlisme. "Cc ne fut point L'iun mot cn:é au ha~.ml, car il en sut prèciser et déterminer k sens dans sa doctrine <li:la solidarill. C'est ainsi que se trou,·,1 caractérisée l'iJce que la force sociak, que le progrès, que la justice n'ont point d'autre fondement que la depcndancc mutuelle des hommes entre eux. C'est la gloire <le Pierre Leroux d'a\'oir su mettre en lumière cette: gran<k et profonde Ycrite a\',111t que les tra\'aux de nos grands s.1,·.111tms odernes ne l'eussent scientifiquement démontrée. Son œune est trop touffue pour qu'on puisse songer à l'exposer en une simple notice. De plus, pour en compn:ndre toute la portée, il faudrait pou\'oir se rl'portcr à la disposition des esprits :\ l'époque où il écri,·ait. Un de ses collaborateurs ,'t son journal le Globe le comp,uait il Leibnitz, di~ant que, comme cc dernier, il pouYait Irai/,.,- /011/fsorh's de rnj,·ls. Profondément é:rudit, nourri d'un,: connaissance surprenante des littératm,:s de l'antiquité, hébraïque, grecque, latine, causeur admir.1hlc, il lut un semeur d'idées ,\ profusion, au point qu'on peut dire qu'exposer l'n:uvre d,: cc penseur cc serait raconter l'histoire philosophiqm: de cc siècle. Saintc-lku,·c, un des fidi:lcs habitués de la s.1lle de réd,1ction du Globe, ne cessait de répé:tcr : « Pierre Leroux! ... mais il a toujours des idées nouYcllcs ! C'est ma i•nche ,l /nit' il m'.1 encore donné cc soir li.: sujet d'un article. » Comme dit justetrn.:nt Théodore de B.11nillc, il a .:réé et porté laborieusement tout « un monde de pensées ». « Laissez! disait-il, une i<léc n'appartient à p..:rsonnc; nous tH.:sommes pas comme les poctcs; nous ne faisons pas de l'art pour l'art. Si un homme posscde une force <le ccn·eau suffüantc pour .'.:mettre une idée nouYcile, une de ces idées qui remuent ensuite le monde, qu'imporlt sou i11dii•id,111/!ilc " Une idée qui remue le monde, n'est-cc pas le sort de son idée socia/islt-?

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