l\OTES SUR LE MOUVEMENT COOPÉRATIF EN FRA~CE 441 chance d'ètre beaucoup trop bourgeoise pour les socialistes, tout en étant trop socialiste pour les libéraux, et trop libérale pour les catholiques. Depuis le congres ouvrier de l\larseillc, en 1889, le parti socialiste s'est montré toujours hostile aux coopératives. Il les trouve trop bourgeoises. Il faut savoir, en effet, qu'un grand nombre des Sociét6s coopcratives existantes sont composées, sinon de bourgeois, du moins d'employés et de petits artisans. Les socialistes prétendent que la coopération et la soi-disant suppression du salariat ne sont qu'un appàt tendu par les bourgeois pour détourner les ouniers de la poursuite de leurs vfritables intérêts, et les engager sur une fausse piste, qui n'aura d'autres issues que de conduire quelques-uns d'entre eux dans les rangs de leurs exploiteurs. Le dernier congres socialist'e de Berlin a été non moins ferme, dans son opposition aux Sociétés coopératives. Voici, du reste, en quels termes s'est exprimé l'orateur : « Le parti ne veut approuver la fondation des Societés coopératives que là où elles ont pour but d'assurer l'existence sociale à des compagnons sans travail, par suite de leur participation à une lutte politique ou économique; mais, là oii elles servent à faciliter l'agitation dans les autres circonstances, les compagnons auront à s'opposer à l'organisation des Sociétés coopérative.set, notamment, à combattre l'idée que la coopération est a même d'influencer les conditions de la production capitaliste, d'améliorer la situation des ouvriers en tant que classe, de supprimer ou seulement d'affirmer la lutte économique dans laquelle les travailleurs sont engages. )) A quoi peut tenir cette hostilité de la part de l'école socialiste? Il semble que les sympathies pour la coopération dcnaicnt être en raison directe du dedain des écoles conservatrices. Il faut ici se montrer sincère et avoir le courage de reconnaître que certains faits ont contribué à entretenir cette défiance que les socialistes ont à l'égard des coopératives. D'abord l'histoire de presque toutes les Sociétcs coopératives de production : beaucoup de celles qui n'avaient pas échoué se sont transformées en Sociétés de petits patrons faisant travailler pour leur compte des ouvriers salariés et, par conscquent, ont perpétué le mal qu'elles prétendaient guérir. Cette hostilité ne vise pourtant, d'une manicre nette, que les Sociétés de production. Nous voyons, aujourd'hui, que certains socialistes tendent ,\ la spéculation. La spéculation, c'est la voie de l'iniquitê et des exploiteurs, ce n'est pas la sienne, il y pêrirait. » ~1. Malon s'empresse d'ajourerque cette violence de forme ne vise que certains Pangloss de l'affmnchissemcnt individuel.
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