La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIII- vol 01

LA RE\'CE SOCIALISTE cet égard. Résoudre la question de l'organisation économique de la société cc serait, en somme, déterminer les conditions : 1° de la production la plus abondante possible et 2° de la répartition la plus équitable possible ,k la richesse sociale entre les hommes en société. Eh bien! .t\'ant de faire et afin de faire cette dc'.:tcrmination, il y a deux choses qu'il faut sa\·oir: cc que c'est que la richesse sociale, et cc que c'est que l'homme en société. Si donc les <'.:conomistes et les socialistes n'ont pas encore résolu la question de l'organisation sociale économique, c'est sans doute <JU'ils ont néglige d\:tablir aussi patiemment et aussi solidement qu'il l'aurait fallu ces deux sortes de fondements de l'économie sociale. Et s'il est une chose qui reste à faire, c'est de ne pas trop se presser, comme tant d'autres, de dffendre des solutions existantes ou d'en préconiser de nOU\'Clles, mais de procéder avant tout à une élaboration lente et scrupuleuse des principes. Je ne m'occuperai point ici de la richesse sociale et des diYers problémcs de la détermination des prix sur Je marché, du rapport dès prix ,ks produits a\·ec les prix des sen·ices producteurs, etc., etc. Laissant de côté l'economic politique pure, pour m'attacher ,'t la science morale, je m'occuperai exclusivement de l'homme, de la société civile, politique, économique et des problémcs divers du socialisme et du libéralisme, de l'utilitarisme et du moralisme, du communisme et de l'individualisme, de la liberté et de l'autorité, de l't'.:galitéet de l'inégalité, etc., etc. Pour tout dire, je veux exposer une méthode nou\·clk d'élucidation de ces probli!mes et de constitution de la morale sociale. Cette méthode est essentiellement une méthode de conciliation. Elle pourrait être appelée méthode syucrélique, car elle rappdlc tout à fait celle qui fut employée au seizième siécle par Pic de la ;\!irandole, Bessarion et leurs amis en \'Ue de la fusion des deux doctrines platonicienne et aristotélique ; malheureusement le syncn:tismc s'est discn:dit.'.! p,:r l'application mauvaise qui s'en est faite à la conciliation des sectes protestantes. li ne co1wiendrait pas da\'antage de l'appeler méthode éclectique: faute d'un critérium plus sùr que le sens commun, l'éclectisme s'est montn: d<'.:cidémentsuperficiel et insuffisant; awc la pr<'.:tention d'ouHir des voies nOU\'ellcs, il n'a jamais rnanqu6 de retomber dans les plus \·icilles orniàes. La méthode dont il s'agit ici même formulé nettement la doctrine de l.t conciliation de lïudividualisme et du rommunisme, en nutière politique et icouomiquc, <.Llns ses Etudes sur la Frauu f(IU/tmporahre (1888, pa{!:eS132 et sui\'antcs) et a, en outre, donn~ cctt.:: concilia.tion comme programml! de ).t Ret•ut (numêro de mai 189.1, p.1g\.'5. 14). Je le rcml!rcic de la générosité :wc~ bqudlè il me 1ai-;5c établir que j'ai c~1 la rnême idée que lui "ingt :ms avant lui ; mais, pour être juste, je dois confesser que je la tenais en grande partie des vil!ux saintsimoniens que j\1i fréquentés dans ma jeunesse.

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