La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIII- vol 01

!.A RE\TE SOCIALISTE regarder tout bonnement dans les draps de ses voisins. Et Yoilà comment l'adultère triomphe et s'étale sur la scene. Le malheur est que l'adult.::rc ne comporte qu'un nombre restreint de situations : tromperies du mari par la femme, ou bien de la femme par le mari, ou bien tromperies réciproques, rien de plus, et, sauf quelques modifications de détails, nous ayons la malchance de Yoir tonjours la mèmc pi1:cc. Le Vola11t, les Tenailles, Viveurs, /'Ornière, ln Bo,111He élène, aujourd'hui encore, Raphaël, Grosse Fortune, il me semble que je sers, à mes lecteurs, toujours le même poisson dont la sauce est à peine changée chaque fois. Yraiment, en entrant au théâtre? je crois m'asseoir à ces banquets officiels où l'on compose, inYariablcment, le même menu et où les convi,·es voient revenir, aYcc n:signation, les mêmes plats, les mC:mes fricassées convenues qu'il est de bon ton d'apporter et auxquelles les délicats ne pcu\'ent toucher. Ra/,bal'i, le plat de ~!. Romain Coolus, est releYé d'un certain piment; mais cc piment, mélange de sucre et de poivre, combin6 par un cuisinier pincc-s:111s-rirc, est d'une saveur incertaine qui ne saurait me satisfaire. J'ai cm d'abord qu'il s'agissait d'une cocasserie, puis j'ai nt pleurnicher une femme qui semblait, réellement, malheureuse et je n'ai plus su si l'auteur prenait ou non son sujet au sérieux. Daniel, un bourgeois aise, a aimé une jeune fille de son monde, nommée Louisa ; mais, comme il est conYaincu qu'il ne faut pas d'amour dans le mariage - c'est l'opinion que Balzac a toujours soutenue - comme de plus sa passion, pas trcs ardente apparemment, pouYait attendre, il l'a contenue, en effet, jusqu'à l'éteindre; et alors, sùr d'être guéri de son amour, n'éprouvant plus pour Louisa qu'une bonne amitié, il l'a épousée. Cette manière d'agir est pcut-ètrc fort raisonnable, mais j'aime trop les fleurs nou,·clles pour YOus la recommander jamais. Le mariage fait, Daniel s'est empressé de donner un amant à sa femme et, entre clic et lui, il vit dans une paix sereine. Cette situation a ét6 tn'.:s cxploitec au tho:,ttrc. On se rappelle Le plus beure11x des trois, de Labiche; la Parisinme, de Becque; la Paix du foyer, d'.\ugustc Germain; ln Paix du ménage, de ~!au passant. Mais d'ordinaire l'auteur donne au mari une demi-inconscience, que l'on admet Yolonticrs, d'aprcs cette conYcntion que les maris sont de purs idiots, ou bien il donne à entendre qu'il badine et se moque de son sujet. J'.1nis cru d'abord que ~1. Coolus aYait adopté cc dernier parti et son d6but m'avait assez amuse. Mais j'ai connu depuis qu'il est graw et se Licherait de n'être pas pris au sérieux. Louisa, nature inquictc, n'a pas la belle tranquillito: de son mari. Elle se lasse un beau jour d'un amant qui n'est plus tout jeune, et en choisit un autre, Raphaël, qui n'est qu'un blanc-bec, un Chcrubin ou un Fortunio, mais par l':1gc seulement, et sans le relief d'une silhouette

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