La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIII- vol 01

REVUE DES REVUES 35ï La question que je pose, dit ,\[. YYes Guyot, est cdlc-ci : « Y a-t-il, dans nos ci\'ilisations actuelles, une majorité de gens dont la profession consiste à faire du bien à autrui ; qui engagent toute leur acth·ité, leur Yie, leur force, leur intelligence à cet altruisme, pour qui cet altruisme est obligatoire, car il est doublé d'un\: sanction efficace ? • « Si je fais cette dcmonstration, j'aurai le droit de dire:« \'oilà le « ressort moral de nos ciYilisations modernes. " L'affirmation est au moins hardie. Qu'un grand nombre d'hommes soient bons, cela prouYe que la race humaine est bonne, mais en quoi cela est-il l:i démonstration de tel ou tel principe? Que chacun soit animé d'excellents sentiments à l'égard de ses scmbLiblcs, cela n'indique en aucune façon l'origine de ces sentiments. ):ous sommes tous parfaits, soit; il s'en suit que notre cspece est parfaite; mais comment pouYCZ·\'Ousdéduire, de là, la cause de cette perfection? Di~c qu'il y a beaucoup de blé dans un champ, cc n'est nulkmcnt montrer cc qui d.'.termine cette abondance. ?Il. \'\·es Guyot a oublié de relire un traité de logique et il a eu tort : il y :iurait trouvt'.: d'excellentes règles de méthode. Aussi pourrions-nous nous arrèter dC::sles premières lignes de son article : une question nul posée ne saurait ètre résolue . .\lais ne s'agit-il pas d'une découverte, d'un « ressort " jusqu'ici inconnu? Voyons au moins sa ckscri ption : « Dans les ch·ilisations aYancécs, dit M. Yves Guyot, k prodnctcur traYaillc pour les autres, il ne doit donc pas se conformer à scs propres goùts, à ses caprices, mais aux désirs de ses semblables. Cc n'est point une notion abstr:iite Je deYoir, mais son propre intérêt qui l'oblige à penser à autrui. « Il se préoccupe du bien-être des autres à tout instant, et il ne demande même pas à l'humanité la moindre reconnaissance pour le mal qu'il se donne pour clic. Bien plus. [l ne trouYera pas m:iuYais qu'un concurrent essaie de faire mieux que lui et il s'efforcera de le surpasser pour le: plus grand profit d'inconnus ... Son sentiment embrasse l'humanité tout entière. Il ne se borne pas à essayer de faire jouir de ses produits ses compatriotes, il s'efforce ,le.: les cnYoycr sur tous les points du globe ». Tous, artisans, commerçants, capitalistes, industriels n'ont qu'une préoccupation : « fournir aux besoins d'un plus grand nombre de personnes, rendre scrYice... Cet industriel qu'on représente comme féroce, cc bourgt:ois qu'on représentt: comme égoïste, concentre toutes ses préoccupations, fait conYerger toutes ses combinaisons, d'un côté, pour fair<: Yinc des ounicrs et, de l'autre côté, pour consen·er et augmenter ses clients. A certains moments, il sacrifie le résultat de ses efforts ant.:rieurs pour • leur plus grande satisfaction. Quelquefois il Yajusqu'à la ruine, ct, au

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