La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIII- vol 01

3-1-S LA REVUE SOCIALISTE mi:mc quand le raisonnement en dérnile la bètise et l'iniquité. Une loi, se dit-on, doit ètre necessairement le fruit de longues études et de méditations kntes; donc, si elk a ét·.: accept<'.:eet sanctionnée, c'est qu\:lk a été n.:connuc bonne et utile aux intcrêts géné_raux. La maxime si profon,k de Beccaria: « Que la raison n'a jamais donne <les lois aux nations », 11 'a pas d'écho dans l'opinion commune. Il est tn'.:s rare, même parmi les personnes instruites, d'en trouYer qui aYoucnt que la plupart des institutions sociales reposent sur des raisons futiles et injustes. Un tel pn.:jugé les éloigne naturellement des n:formes et il a pour effet <l'inspirer une grande Yénération pour la société telle qu'elle est. '.\ul doute que ces etats psychiques ne soient les mèmcs qui determincnt les objections les plus habituelles adressées .1u socialisme. li est facile de s'en persuader, lorsqu'on analyse ces objections, en les mettant en rapport ayec les croyances, les conYictions et les aflirmations ordinaires <leceux-là mêmes qui les soutiennent. Les co11tr;1dictions et les inconséquences qui résultent de cette confrontation nous prouvent évidemment que ces objections s'appuient sur des conditions psychiques spt'.:ciales antérieures au raisonnement ù l'aie!..:duquel on peut discuter et rffutcr ces objections mêmes. J'ai déj,1 indiqué les causes qui ont donné lieu à cette Yieille et banale accusation faite :rn socialisme d'être utopique et j'ai ,1 peinc touché ù cette autre accusation que le socialisme entraine aYec soi : la destruction de la patrie, de la famille et de la morale. De l'analyse que nous allons faire de ces argumentations et de bien d'autres encore, dont on se sert pour combattre le socialisme, on YCrra ressortir le substratum psychologique ci-dessus indiqué. Quand nous entendons crier à l'utopie et demander à grands cris un programme positif; quand nous entendons sans cesse répéter que les propositions concrètes <les socialistes ne sont pas pratiques; que les socialistes sont de purs idéalistes, etc. ; si, au lieu de faire partie de cc monde, nons n'en étions que les Yisiteurs descendus de quelque planète lointaine, à bon droit nous pourrions croire que ceux qui affichc.:ntde telles prétentions et nous adressent de tels reproches sont des gens habitués it n'ayoir foi que dans des hommes sérieux, à ne donner leur suffrage qu'it des hommes éprouYés, et qu'ils sont loin tle se laiss.:r guider par un optimisme ingénu et poétique. Mais que dcYons-nous penser, quand il nous est donne de constater que ces déclamateurs sont, au contraire, les gens les moins pratiques et les optimistes les plus incorrigibles? ;,!c sont-ce pas, en réalitc, les m~mes qui, après a,·oir YUtomber un grand nombre de systèmes de gouYernement, apres aYoir éte ainsi mis à même de reconnaitre l'inutilité de bien des lois et des institutions, et de juger du mal qu'elles ont causé, ne cessent pourtant de leur

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