LA REVUE SOCIALISTE Fourier part1c1pe avec Saint-Simon aux progrès dont notre siècle a éti: le témoin. Par sa tht'.:oric Je l'accord des individus en qui l'émulation se substitue à la concurrence, par sa métaphysique de l'intérêt bien entendu, par sa magistrale n'.:habilitation des passions, il concourt :i une n:volution morale parallclc à la révolution matérielle qu'annonce et pn:p,irc Saint-Simon. Celui-ci., d'ailleurs, rompt ouYertement avec k renoncement clm'.:tien. Leur révolte contre la morale h.:reditaire est d'une telle qualité qu'elle ne fait pas un seul libertin. Elle n'affranchit que ceux qui sont dignes de la liberté. Selon Fourier, nos passions ne sont nuisibles à nous et à autrui que parce que notre ignorance ou bien les entrave dans leur essor légitime ou bien les laisse sans emploi utile. Harmonisons ces nécessaires mou,·cments de l'être humain au lieu de les opposer en nous et entre nous, et ils nous donneront la plénitude de la vie. Le plaisir ininterrompu devient une corvée aussi rebutante que le travail sans repos comme sans variété. Les hommes de pur loisir sont forcément inintdligcnts dans le choix de leurs plaisirs, dans l'emploi de leurs passions. Ces passions sont purement mécaniques, la raison ne les règle pas. C.:s plaisirs sont peu varies et, partant, plus sensuels que cén'.:braux. !\os sens se fatiguent et se rebutent plus vite que notre cen·cau : aussi n'aurons-nous de véritable jouissance dans nos plaisirs qu'autant que notre intelligence y saura introduire de la variété. Il en est de m.:mc pour nos tra,·aux. Fourier observe fort justement que le mèmc geste professionnel, rrndu nécessaire à la production rapide par la di,·ision :i l'extr0me du tra,·ail, amène des <lcform:nions physiologiqu.:s et même une dépression cérébrale. Alternons les travaux, l'hygiène et le plaisir y trouveront leur compte e;1 mèmc temps que notre intérèt. Par la variété, transformons èn plaisirs nos travaux, et nous serons étonnès de notre puissance de production et de jouissance. C.:tte a,lmirable leçon d'èquilibre physique et mental donné par Fourier : le travail devenu un plaisir et le plaisir ayant cessé d'être une sen·itude, n'est-cc pas le programme de la vie normale compkte ! \"oici, d.:j:i agrandi et rendu plus pratique, le programme de Th0101rn, qui se précise : nos p.:dagogues s'en inspirent, notre enscignem<.:nt public, Yaille que vaille, y puise des principes et des méthodes, qui se classent et se perfectionnent lentement : ln piscine et les jeux scolaires, l'atelier de menuiserie et les pro1rn:nades, les colonies de ncanc.:s et les leçons <lechoses habituent l'enfance à cette attrayante Yariêté dans les occupations utiles. L'idc:al de l'homme, a,·ant qu'il ~oit longtemps, se formera des souvenirs de l'enfant, et le citoyen réalisera en l'adaptant à sa taille la règle de vie de l'écolier. Fourier avait au plus haut dcgr<'.:le sentimem de l'ordre en même temps qnc celui de la liberté. Cc double sentiment ( contradictoire
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