2 ï-1- LA RE\"GE SOCIALISTE :-Iorus, tbns son Utopie, se montre fils <lel'.\nglcterrc alors uniquement agricole. Campanella, dans sa Citédu sofril, n:n'.:lcson état en proposant à la socicté l'idéal monastique. Rabelais ne fait pas exception. La bonne compagnie qui Yina en toute liberté dans sa joyeuse et docte abbaye est mise à l'abri <lu besoin par une rente du prince, et le « fais cc que Youl<lras » n'existe pas pour ceux dont le labeur produira cette rente. Si l'on passe aux utopistes modernes, on Yoit que leur époque, le moment 1111:mc 011 ils écriYirent, les marqu,1 <l'Lrnsigne aussi caractéristique. Pour ne reteni:· ici que les plus géniaux, les plus noYatcurs, Saint-Simon et Fourier, on est frappé <le l'influence que prit leur temps sur eux. Ainsi justifient-ils cette \·crité que nulle penscc ne se crée, mais est la transformation par combinaison nouYelle <lespensées qui Li précc<lcrcnt et sans lesquelles clic ne se produirait pas. SaintSimon et Fourier de\'.licnt donner comme point de départ à leur pensée le point d'arriYéc de la pensce contemporaine. C\:st parce qu'ils sont partis du connu pour aller à l'inconnu que leur n:chcrche audacieuse n'a pas été Yaine. lis ont /rolongé en esprit les réalitc'.:s dont ils étaient les tcmoins informés et sagaces. lis ont crré dans les espaces, certes, mais ils ont rapporté <le leur course Yagabon<ledes trcsors qui nous sont à jamais acquis. Si leur utopie a son point de départ dans les faits ambiants, leur philosophie s'abstrait-elle au moins du temps et <lumilieu ? Saint-Simon ni Fourier ne sont pas contradictoires à cc point, et leurs principes philosophiques rcfletent exactcm..:nt les deux aspects essentiels de la pensée <leleur temps. Le néo-christia11isn1eq, ui encombre.: inutilement la doctrine <lu premier et l.1 fera sombrer sous la direction plus thcologiguc que sociologique du pi:re Enfantin, Yient à l'heure où les jc'.:suitestriomphants soulèYcnt la protestation des esprits naiment religieux et où s'ébauchent, en rbction, <liYers essais <le rénoYation du catholicisme. Le second emprunte sa philosophie à l'utilitarisme anglais èlargi par le sensualisme du <lix-huiticmc sicclc, et en fait la base de tout ,on systcme. Tous deux sont, quoi qu'ils disent, des fils <lela Rt'.rnlution française, dont ils repn'.scntcnt ks deux grands courants an;c le mi:mc point de contact : une foi ardente, in<léfcctiblc, au progri:s continu, ind.:fini <lel'espi:cc humaine. Saint-Simon émancipe la femme. Il en fait l'égale, la complémentaire <le l'homme. Pour lui le couple est l'incli,·idu p,irfoit, sans que l'homme ni la femme abdi,1ue sa personnalité, au wntrairc. Cette Ylie <l'ayenir n'est pas encore Yi'.:rifiée,dira-t-on, un peu légi'.:rcmcnt. Pourtant le développement <le l'ordre industrkl, égakment préYu par Saint-Simon, nous montre un nombre croissant <le fcmmes pour qui la famille n'est plus ni une protection ni une contrainte, puisque le s.1laire leur assure - à quel prix, hélas! - l'in<lèpcndancc persan-
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