La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIII- vol 01

LA REVCE SOCIALISTE Il faut aussi parler d'une moitié de l'humanité dont, jusqu'à présent, le besoin d'idéal s'est satisfait de la façon la plus grossierc et Lt plus imparfaite. Les femmes qui ne trouvent pas dans la religion et ses fétichismes cette satisfaction n'ont pour ressource que le libcrtinarre ou la littérature, et pour clics la littérature est, neuf fois sur dix, un libertinage de l'esprit qui conduit infailliblement à celui du corps, sauf obstacles qui ne tiennent en rien à la \'Crtu. 13Limcr les fcmmLs d'ètrc ainsi,. les accabler sous une hautaine réprob.nion Je moraliste impeccable en paroles, serait folie autant qu'injustice. Elles sont ainsi, parce que la société les a faites ainsi. Leur faute est la nôtre à tous et l'on peut même dire que, si les hommes se prétemknt plus conscients qu'elles, ils aYouent ainsi une plus grande part Je responsabilité dans le mal qu'ils subissent et dont, par un juste retour, ils sont eux-mêmes frappes. En dépit de ses allures rérnlutionnaires, Proudhon fut le scrvilc écho de la pcnsec de son époque et, comme td, il n'imagina pour la femme que deux fonctions : celle de ménagère et celle de courtisane. C'était juger la question en économiste ni.itiné de catholique, l'un obscurcissant et brouillant l'autre. En dépit de Proudhon, en dépit de l'opinion qu'il reçut du public et lui rendit, fortifiée d'une incomparable dialectique, la femme deYic11tautre chose dans l'ordre social. D'abord, les faits ont produit une autn: catégorie que nulle objurgation ne pourra supprimer : l'ouHiére. ::-S:onseulement la femme paunc qui gagne son pain en s'cxt.:nuant à la machine à coudre ou dans une fabrique, mais la femme qui accomplit un traYail de bureau, de magasin, d'administration publique, d'art, de littérature. Économiquement, la femme tend à son autonomie personnelle et, par Yoie de conséquence, sort de plus en plus, ,ocialcmcnt, du cadre des préjugés moraux actuels. Ensuite, ces faits ont amené une modification dans les id<!cs mèmcs de celles qui sont incorporées à la famille aussi fortement en apparence que nagu<'.:rc, mais dont la réYoltc s'annonce déjà par des symptômes significatifs. La femme affirme son indiYidualitt'.: en face des contraintes qu'y opposent des lois et des mœurs qui seront dcmain caduques. Elle Ya à l'éman~ipation par le chemin normal, clic qui Yécut tant de siècles de la vie sexuelle : Elle \'CUt choisir celui à qui clic se donnera et, si elle s'est trompée, 011 si simplement clic n'aime plus, elle entend révoquer son choix et se reprendre et se redonner ou se garder, libn:ment. Elle sait YOuloir sortir de cet <'.:goïsmeà deux qu'est l'amour, ou plutôt n'y pas limiter son idéal affectif. Elle sait distinguer autre chose en l'homme que le nülc, dont clic n'entend plus être la passiYe femelle; clic ,·eut Yoir en lui l'humanité et s'associer à lui pour préparer le destin collectif. En un mot, clic aspire à deYcnir un humain complet.

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