202 LA RE\'UE SOCIALISTE cbait. Qu'il nous soit donc permis d'en citer 1c1un fragment, pour donner une idée de l'importance du document : Dans tous les pays - écri,·ait donc Mazzini en 1840 - l'ouvrier n'est pas libre contractant, mais esclave. Sans terres, sans capitaux, sans crédit, il est traité comme un coupable, s'il tâche de suppléer par l'association au défam perpétuel de ces éléments d'indépendance. Il est forcé de se procurer les moyens de ~·iwe par le tra,·ail de chaque jour; et, placé devant d'autres hommes riches en or, en terres, en crédit, il n'a qu'à choisir entre la faim et le salaire qu'on lui offre, quel qu'il soie. Un salaire presque toujours insuffisant pour les besoins de ,·ine; toujours inférieur à l'importance du travail; un salaire susceptible de diminution chaque fois que l'ignorance des employeurs, la concurrence ou des é,·énements inattendus donnent au capitaliste un profit inférieur à ceux qui ont été prévus. Les bras de l'ouvrier peuvent tripler et m~me quadrupler le capital du propriét.tire; ils ne peuvent augmenter le salaire de l'ouvrier. De là l'impossibilité de tome épargne ; de là la misère absolue et irréparable de milliers de familles dans tOutes les crises qui périodiquement troublent le commerce et l'industrie. Même l'introduction des nouvelles machines détermine une diminution dans l'activité et l'emploi des ounicrs. A l'ounier, dans ces crises, il ne reste que l'humiliation de la misère et ravilisscmcnt de l'aumône, quel que soit le 110111 dont on Yeuille l'appeler, et .:ela même seulement où il y a quelque pitié chez les particuliers ou quelque prudence dans les gouvernements. A défaut de quoi nous avons les troubles, les émeutes et alors nous voyons les répressions les plus injustes et les plus féroces; parce que les hommes qui les commandent n'ont jamais éprouvé les • horreurs de la misère, et parce qu'ils observent seulement les faits, jamais les causes des faits. La société, organisée comme elle l'est actuellement, ne peut donner à l'ouuier aucune possibilité d'économiser pour les jours dans lesquels l'homme a le plus besoin de confort : les jours de l'impuissance au travail. L1 société, réglée exclusivement par les propriétaires de terres et de capitaux, pèse exclusi,·ement - par un système d'impôts indirects, injustes, énormes, funestes à la consommation et, par conséquent, :\ l,a production - sur les classes qui, par cette organisation sociale, n'ont aucun moyen de sortir de l'esc1avagc. Prisonnier de la loi inexorable du salaire, le travailleur parcourt, sans droits et sans espérances, une existence de détresse et de privations, pour finir ses jours, flétri par l'aumône et englouti par l'hôpital. Une ,·ie misérable et un lit de mort à l'hôpital: voilà ce que la société du dix-neuvième siècle assure aux deux tiers de l'humanité, dix-huit cents ans après que l.i voix d'un saint, une voix appelée divine, a déclaré tous les hommes égaux, frères et fils de Dieu. Aujourd'hui le peuple s'est rhcille : réveillé à la conscience de ses droits et de sa puissance. Depuis 1830, le mouvement, concentré d'abord dans les
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