La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIII- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE Italie, aussi, des penseurs et des écriYains touchcrent, aYcc beaucoup de cir(onspcction, aux spéculations philosophiques et économiques, la politique en étant forcément bannie, ou s'y cachant sous les formes d'une exposition très saYante, mais aussi abstraitement doctrinaire. Filangicri, Beccaria, P. ,. erri, M. Pagano se rapprochèrent plus hardiment de la critique française, et, dans l'économie et la philosophie, de même que dans le droit public, curent des pages encore aujourd'hui remarquables de posith·isme moderne. Mais l'essor de leurs ailes était a\'arcment mesuré par la vigilance des dominateurs, ton jours prêts à couper court à toute contrebande intelleCJ:J.1elle. La réYolntion française eut un cnormc retentissement en Italie. i\l.:Omeù tra\"Crs les plus grandes confusions et les plus étranges contradictions, le sommeil qui, depuis trois siècles, pesait sur cette « expression geographique », fut troublé et dissipé pour toujours. Dès lors, l'Italie sortait ,·irtucllcmcnt du tombeau où clic semblait cnseYêlic depuis Michel .\nge et Ferruccio. La Sicile et toute l'Italie méridionale, jusqu'à Naples, d'abord, et ensuite les autres n!gions italiennes comprirent que le droit des peuples à se délivrer de l'oppression étrangcrc et à se reconstituer en nation se trouvait impliqué dans l'appel de la grande révolution, et, aprcs les sanglantes guerres napoléoniennes, après les invasions, après les vengeances sauvages de la r.:Cactiontriomphante, le peuple italien, même écrasé sous le linceul furn:brc de la Sainte Alliance, se retrempa dans la Yision de son droit, et, malgrc les échafauds et les galères, troma la force de se Youer à la résurrection de la patrie. i\bis la période de la rèYolution nationale devait être tn;s longue, autant que semée de difficultés et de luttes sans pareilles. Presque un demi-siècle - de 1821 à 1870 - s'écoula aYant que l'unité politique de l'Italie pût entrer dans le droit public comme un fait accompli. JI s\~nsui,·it que, surtout jusqu'en 1860, toutes les classes du pays furent complctemcnt absorbées par le traYail réYolutionnaire, ayant J~?ur but principal la reconstitution nationale par l'expulsion de 1 ctrangcr. Dans cette période reYolutionnaire, les hautes classes furent même en première ligne. li y aYait là pour clics non seulement une question de sentiment, de liberté, de dignité personnelle, mais aussi des intér<:ts et des con- \"Oitiscs à rcaliser. Reconstituer la patrie était certainement un nQble horizon ; mais chasser les patrons étrangers pour y substituer leur domination sur le peuple n'était pas pour elles moins profitable. • La bourgeoisie, en général, faute d'cxpcricncc politique et d'orientation sur les questions sociales, ne Yisait naturellement, à son tour,

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