La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIII- vol 01

TABLEAU A TROIS PA~S 185 Un grincement it la petite porte du jardinet, ensuite un bruit de pas. C'est lui, l'attendu, au retour du tra\'ail. Il tra,·erse la premiérc piecc, Ya droit it la seconde. Mais elle, qui Mjit s'élançait son enfant au bras, toute ficrc et joyeuse, demeure stupéfaite. Étranglées dans la gorge, lc:s paroles de bien\'cnuc; figée subitement la flexion du corps tout de suite incliné pour le baiser <l'arri,·éc ... Jamais, depuis qu'ils sont mariés, elle :ne lui a \'li œttc figure contractée, cc pli soucieux it la lene, cette p'.ilcur d'angoisse. Elle \'eut questionner, clic ne troun~ aucun mot; incapable de traduire cc qu'elle éprou,·c, d'un geste machinal clic atteint une chaise minuscule fermée par une planchette, y dépose l'enfant. Lui n'a pas un coup d'œil pour cette tête bouclée, sur laquelle tombe d'habitude son premier regard; c'est uniquement sa femme qu'il contemple immobile. Et plus ça dure, plus clic sent qu'un malheur imminent la menace, quelque chose qui ,·a s'abattre sur clic, it la façon d'un faucon fondant sur sa proie. Soudain lui, d'une \'Oix basse et triste, mais oü ne transparait cependant aucune note hésitante : - Le patron s'est mal conduit. La gn:\'e est décidée. Au premier abord, clic n'est frappée que du seul mot de grh•e; mot qui pour elle résume un inconnu terrible. ,\[ais clic se raidit, questionne a,·ec une anxicté contenue : - Il y a donc du nou,·eau? - Sans doute. Tu connais le c,amara<lcélu maire de la commune aux élections de dimanche dernier? Cc matin, il se présente à la fabrique pour prendre le tra,·ail it l'heure habituelle .. \u lieu de le laisser s'installer à son ounage, le sur,·eillant l'arrète, le fait monter au bureau où, dit-il, le patron \'Cut lui parler. Dix minutes plus tard, nous le \"Oyons rc\'cnir, la figure consternée. Sous pn:texte que, pendant la pcriode électorale, il s'est « absenté sans permission», le patron le jette à la porte. Tu penses, quel émoi! Tout de suite je propose de former une dclégation, d'aller demander qu'on le reprenne; on me nomme porte-parole de la troupe. Nous montons au bureau : le patron refuse de nous rcce\'oir. Par l'entremise du surYciliant, nous le supplions de ,·ouloir au moins accepter un arbitrage qui dictera à tout le monde la conduite à tenir; nous jurons de nous soumettre, quel que soit le Yerdict. La réponse ne se fait pas attendre : pas plus <l'arbitres que de délégués; et il est intolérable que nous osions poser des conditions; et ceux qui s'entêteront à défon<lre k nou\'eau maire seront considércs comme rebelles et comme lui mis à pied. Tu comprends, cc n'est pas juste; le patron outrepasse son droit; il nous est impossible, à nous, d'accepter de pareilles mises en demeure. Nous sommes deci<lésà déclarer la gré\·e . .. . Longtemps il parle, l'ounicr, longtemps elle l'écoute muette,

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