La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIII- vol 01

TABLEAU A TROIS PAXS 183 représentent les saints. Saints laïques, soit! réYolutionnaircs, soit encore! Et après? Toujours elle coud, la petite femme, et toujours clic se hàte ! La souple étoffe blanche lui couic entre les doigts, la longue aiguillée de; soie s'insinue rapide entre les plis légers. Une petite robe, oui uaimcnt; un de ces fourreaux droits dans lesquels les enfants s'empêtrent aYcc tant de gràcc, cvoquant l'image en raccourci d'une c'.:légantcdu premier empire! li sera si mignon li-dedans; le blanc, c'est sa couleur habillée. Cc n'est pas parce qu'elle est la m.'.:re; mais le sim, tout le monde le regarde. Elle ne peut pas l'emporter aux provisions a,·ec clic sans que chaque fournisseur s'exclame, ,·cuillc s'en emparer, lui offrir quelque friandise. Et jamais malade! pas une indisposition depuis sa naissance! Elle est une heureuse mcre. Une heureuse femme également. Son mari est encore amoureux d'elle; de plus, il passe pour le plus laborieux, le plus habile de la fabrique. C'est à lui qu'on confie de préférence les ounages délicats; le contremaitre lui-même a dù en faire l'a,·eu. Sans lui on serait obligé de faire ,·cnir des ctrangers pour certaines picccs qu'il est seul à réussir. Avec cela, pas buveur, pas querelleur; ne détestant pas le plaisir, certes! mais ne comprenant le bon temps qu'cntouré de tous les siens. Jamais il ne lui est arrivé de dissiper sa paie au cabaret; il aime bien mieux l'employer à s'acheter des liucs. Encore, cela était bon au premier temps du mariage; mais depuis que .l'enfant est venu, on est bien obligé de se restreindre de cc côté-li. Le moins possible, cependant; c'est si bon, une soirée d'hiver côte i côte : clic, sa couture aux doigts; lui, lisant i haute YOix quelqu'une de ces belles pages qu'il veut lui faire admirer et aimer ,wcc lui. Car il a entrepris son éducation et il est fier de son intelligence alerte, rapide à saisir ce qui est nouYcau. Il ne veut pas qu'elle soit une femme Yulgaire, ba,·ardant avec les voisines. Il veut pouYoir s'entretenir avec clic de ses enthousiasmes et de ses espoirs; il dcsire qu'elle lise le journal, non seulement au feuilleton ct i la troisic:me page, mais encore i la partie politique qu'il lui explique, lorsqu'elle y trou,•c des obscurités. Et peu i peu il lui a insufflé, à clic aussi, cc grand amour de justice et de liberté qui est la religion des maitres de son esprit. Elle sait cc qu'il attend de l'awnir et clic l'attend avec lui; clic n'ignore pas qu'il connait ses responsabilités, ses droits d'homme libre, et combien il est r6solu à les défendre; clic approuYc les liens de fraternelle solidarité qui l'unissent à ses camarades ... La belle petite robe empire est presque terminée. Satisfaite de son œuvrc, la jci.me femme s'accorde cinq minutes de répit, des sourires

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