La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIII- vol 01

LA QUESTION AGRAIRE ET LE COXGRÈS DE BRESLAU 171 au cultiYateur <le s'endetter sans limites et encourage ainsi l'exploitation et l'usure; il constitue ainsi la tare de la politique agraire allemande. C'est la liberté sans le correctif d'une organisation coopératiYc professionnelle. Cet ultra-in<liYi<lualismc, des que se manifeste la miserc qui en est la conséquence, se lance dans la solution communiste d'une inten·ention secourable demandée à l'État. En Mecklembourg, le paysan ne peut acquérir la propriété <l'un fonds : on est encore en pleine fcodalité. Dans les Yicilles proYinces prussiennes, le scryagc a été aboli, mais un lien personnel étroit unit encore le paysan a la noblesse terrienne, hautaine, ignorante et rétrograde, mais honnête, dérnuéc et s'occupant des interêts agricoles à tous les instants. Elle se retrempe dans la sincerite de ses Yieilles conYictions chrétiennes, faisant subsister entre elle et les paysans des rapports presque familiaux. Le paysan rend au centuple les quelques politesses qu'il reçoit ainsi et cm·oic son seigneur au Reichstag a,·ec les autres députés conscrYatcurs des campagnes prussiennes. Dans le Sud, il y a des domaines nobles immenses. Mais le nombre des paysans propriétaires est beaucoup plus grand. Quand on parcourt les riantes campagnes des proYinces rhenanes, du Palatinat, de Baden, du \Vurtembcrg, de la Bavicre et de la Saxe, on y trouYe presque partout une population prospère, instruite, patriote et presque satisfaite de son sort. L'expansion du sociafüme n'y est donc pas facile, mais simplement possible à force de luttes et de sacrifices. Dans l'Allemagne du Nord, l'aristocratie terrienne traYcrsc une crise redoutable. La concurrence des pays d'outrc-mer rend de plus en plus pénible l'écoulement de ses produits. Beaucoup de jeunes gens s'endettent à l'armée et se liHcnt aux usuriers. Là oü les biens familiaux ne sont pas des majorats ou des fidéicommis inaliénables, ils tombent souYent aux mains des capitalistes, qui y font de la culture industrielle et y font régner des mœurs correspondantes. Entre patron et ounicr, c'est l'antagonisme industriel. Dans le Sud et l'Ouest, la petite propriété subit une crise analogue. Le cultiYateur est endetté et èn Ycut aux usuriers juifs qui l'exploitent. L'antisémitisme y est en progrès. Ces phénomènes \"Ont s'étendre; la classe des petits propriétaires est coi.damnée à disparaître sous le triple effort de l'usure, de la concurrence étrangére et des machines agricoles. La question agraire est ainsi depuis un an la grosse préoccupation des partis c11f.llemagnc. Da11sle sci11du centre catholique, deux partis se so11tformés. L'un a pris parti pour le systéme du comte de Kanitz faisant de l'J~tat l'acheteur u11iverscl, le pourrnyeur unique et le régulateur du marché agricole, l'autre est resté fidcle un protectionisme et au s/n/11quo.

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