CRITIQUE MUSICALE II7 démesurément grossis, Yéritables géants du crime et de la Yiolence : Frédégonde, la Yivante ambition, la sanguinaire perfide, aux emportements de tigresse, aux ruses de dcmon; Brunnehildc, l'esprit de Yengeance jamais satisfaite, l'implacable orgueilleuse; Hilpéric, l'homme demi-sauYage que les jouissances de luxe exaspèrent, qu'une caresse ou un regard de femm~ affole et annihile. La musique trouvait ainsi un cadre men·eilleux pour ctaler les passions et fixer fortement les caractères. Au lieu de la peinture Yigoureuse et vraie de ces temps troublés, M. Louis Gallet s'est borné it découper quelques tranches d'histoire, à les alignèr les unes après les autres de façon plus ou moins habile, it inventer de toutes pièces un dénouement de pure conYention, la mort di.; jeune prince J\!érowig par amour pour Brunnehilde dont il Ya être séparé, lorsqu'il suffisait, pour être moins banal, de conscrYcr la réalité, le fils d'Hilpéric proscrit, traqué, réduit au Yagabondage se faisant poignarder par son compagnon pour ne pas tomber au pouYoir de ses ennemis. On ne trouve nulle trace d'étude de caractère; aucun effort pour dégager la synthèse philosophique du choc des passions et du heurt des intérêts, pour parler une langue forte et éloquente; ainsi comprise, la piécc est sans saveur et sans portée; la tragédie terrible est deYenue un monotone mélodrame. 'La musique vaut mieux que le linet; la faiblesse du drame excuse, d'ailleurs, et justifie mème l'absence de souille véritablement grand et inspiré, le manque d'éclats fulgurants it travers la trame sonore de la partition. Il ne faut pas oublier, 'en effet, que dans une œune musicale, l'unité de composition est indispensable pour assurer l'unité d'impression. Le drame lyrique génial doit sortir tout entier de l'esprit du génie, et, chez les musiciens Yisant it créer une composition éternellement durable, il est nccessaire que le Yerbe surgisse de la pensée en même temps que fleurit au cœur la melodie et s'épanouit au cerYeau l'harmonie destinées à l'habiller, le présenter, le faire nloir. En un mot, le musicien dramatique de génie doit être, en même temps, un grand pocte, un écrivain puissant. Il ne peut donc être question, dans Frédtigo11de, de chef-<l'œune it tendance réformatrice, ou d'étincelant tempcrament. L'œunc de génie ne se fait pas sur commande, et une idée neuve, une formule nouYellc, en art, il en cclè>t it peine une demi-douzaine par siècle. Mais cet opéra n'est, it nai dire, ni meilleur, ni pire que beaucoup d'autres d'un succes honorable. On regrette de ne pas trou \"l!rdans les passages de force et de passion la Yibrante en\·olée qui enlèYe: la scène de l'enYahisscment de
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