La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

,- DEUX PRÉSIDENTS PRÉSIDENTS Deux évén~ments considérables viennent d'émouYoir profondément la France. M. Carnot, Président de la République, a été assassiné à Lyon; M. Casimir-Perier vient d'être élu à sa place. Au premier nous payons de grand cœur notre tribut de regrets et de respectueuse commisération : d'abord parce que nous sommes, en principe, ennemis de ces sauvages attentats individuels, que, dans les guerres religieuses du seizicme siècle, catholiques et protestants préconiserent et pratiquèrent tour à tour sous le nom de tyrannicides, mais que le Suffrage unin::rscl et les libertés progressivement arrachées par le peuple rendent de plus en plus inju.stifiablcs en notre temps et dans nos pays d'Occident; ensuite parce que nul ne méritait moins la haine que la victime frappée. M. Carnot eut, en effet, cette double et précieuse qualité : probité priYée, probité publique. Il a passé, sans en être éclaboussé, au milieu des boues du Panama parlementaire; il a su garder dans sa carriere présidentielle l'attitude correcte et en quelque sorte impersonnelle que commande 11otre Constitution. A M. Casimir-Perier nous ne pouYons enyoyer que l'expression de notre défiance. An moment où nous écrivons ces lignes, il n'a pas encore fait connaître la façon dont il entend remplir le mandat qui fait de lui, pour sept longues années, quelque chose comme un roi constitutionnel. Mais les souvenirs de violence légale et de raideur cavalière laissés par son dernier passage au ministère sont de trop fraiche date pour qu'il n'inspire pas des inquiétudes légitimes à ceux qui souhaitent le déveioppement régulier de nos institutions républicaines et l'organisation si longtemps retardée de notre démocratie.

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