LA REVUE SOCIALISTE Paris a ses disciples de Bouddh,, ,.r.pmme il a ses fumeurs d'opium. C'est là un monde très particuliet\ fort intéressant à obsen·er d'abord pour les inJ.ividus qu'on y coudoie, puis et ~~·tout pour les idées qu'~n y rencontre, rites surannés, oripeaux bizarres, sous le~<Juelspalpite sou,·ent quelque noble sentiment. Ces « petites religions ii ont au ll•--iins un caractère de sincérité, débarrassées qu'elles sont de tout appareil adrh,'l,istratif, de la pompe officielle d'un clergé de fonctionnaires. Elles ne sont P"iint seulement de curieux bibelots d'étagères, mais souvent comme des \,.productions en miniature de statues antiques. Nos contemporains. adoratet..,s d'Isis nous aident à comprendre ce que pou,·ait être la grande religion égyptit.,-,1e. M. Jules Bois, en écrivant le liHe qui nous occupe, n•a pas V\éi à la banale curiosité du reporter, mais à un intérêt plus élevé et d'ordre 'f,1 ·.-- sophique. On Je sent à tels chapitres. Certes les détails pittoresques ont leur importance et l'auteur ne manque point de nous les peindre, mais il ne s'y attarde point; il ne se contente pas de v<!>iret de montrer : il pense et fait réfléchir. Du reportage semblable, c'est presque de l'histoire religieuse. A propos du bouddhisme, par exemple, nous trouvons, à côté de la très curieuse description d'une cérémonie célébrée en novembre dernier à Paris, au musée Guimet, des pages dont on n:'.grctte la brièveté, une comparaison entre la marche de la grande religion orientale et l'érnlution du christianisme. M. Bois indique très nettement les « étranges rapports entre Je catholicisme et Je bouddhisme, tous deux, à leur point de départ, belliqueux contre les sacerdoces, puis s'alourdissant de sacerdoces et s'énervant de pouvoir temporel ii. On rnudrait trom·er à côté de ces vues particulières quelque chose de plus général, la recherche de l'idée dont chacun de ces cultes n'est qu'un S\lnbole déformé. Une philosophie vue à travers l'imagination, telle est toute religion. Ne serai\;"il pas intéressant de montrer qu'on ne prend pas, comme les fidèles, l'image pour la réalité, la fable pour la morale, de travailler à tirer celle-ci de celle-là? On serait peut-être très étonné, sous les petits cultes bizarres dont M. Bois nous signale l'existence, de décounir un même fonds d'idées dont ils ne sont que les expressions di,·erses et appropriées aux imaginations, idées de solidarité, d'amour, de justice qui, inconsciemment, pénètrent tout notre temps. La généralité des esprits s'accommode mieux du vague et de la douceur des légendes que de la précision des doctrines. Mais M. Bois lui-même aime trop le fruit tout entier pour n'en extraire que l'amande. N'a-t-il pas un penchant très marqué pour ce culte d'Isis dont il fait un si délicat tableau? N'est-il pas l'auteur de drames ésotériques dont l'un, la " Porte hùoïque d11 Ciel 11, vient de paraître, orné d'un prélude musical de M. Triksatie, et qui, s'ils sont les actes de foi d'un dilettante, restent d'admirables symboles? PAUL LAGARDE. L' AdmiHistrnfeur-Gérant: RooOLPHE SIMON. Suresnes. - Imprimerie G. RICHARD, 8, rue des Bourets.
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