REVUE DES REVUES 745 Sur ce sujet, dans la REVUE DE L'ÉPOQUE, M. Bernard Lazare Yient de publier un travail remarquable, non seulement par les faits qu'il cite et qui sont prccieux, mais surtout par le sens qu'il sait attacher aux événements, la clarté de l'analyse et la netteté de la pensée. Avant de nous montrer les diYisions du grand parti social-dcmocrate allemanJ, l'auteur précise ui1 fait général dans le socialisme contemporain. Deux mouvements ont toujours coexisté, dit-il : l'un politique,. l'autre économique. « Le premier tend à l'acquisition des sièges législatifs et municipaux, le second tend à l'organisation cconomiq uc ». Et ne voyons-nous pas très nettement, chez nous, le sens de ces deux tendances marqué par les interminables discussions sur la gréve gcncrale. Beaucoup plus tranchée, cette distinction se réYcle dans le parti socialiste allemand, et M. Bernard Lazare, aprcs un rapide historique, la fait ressortir d'un tableau de l'état actuel du parti. Et d'abord, il dit les merveilleux progrès du socialisme en Allemagne : « Des 187 5, au congres de Gotha, 9,000 marxistes unis à 15,ooo lassallicns, formèrent la sociale dcmocratie. Deux ans après, aux élections de 1877, les démocrates socialiste·s étaient 49 3,ooo; 550,000 en 1884 ; 76 3,ooo en 1889 ; 1,341 ,ooo en 1890; enfin , aux élections dernicrcs, en juin 1893, ils faisaient èlirc au Reichstag quarante-sept dcputés, cela, malgn.': la pression officielle qui a,·ait été considérable, et ils réunissaient 1,800,000 suffrages ... Le parti possède soixante-quatorze journaux, dont trente-sept paraisse1;t six fois par semaine et vingt, trois fois; neuf sont bi-hcbdomadaircs et huit hebdomadaires. A cela, il faut ajouter cinquante-trois journaux professionnels, organes des syndicats ». Mais, avec sa centralisation, le triunwirat Bebel, Liebknecht et Singer commence à dcplairc à de nombreux esprits. Au récent congrès de Francfort, on a YU M. de Vollmar revendiquer, pour les Bavarois, le droit d'agir à leur guise sans s'inquiéter outre mesure du mot d'ordre de « messieurs les Prussiens ». D'autre part, depuis le congrès de Halle, le parti s'est résolument· écarté de sa tradition rholutionnairc. « Il est.devenu, nous dit M. Bernard Lazare, un parti réformateur, parlementaire, prêt à toutes les alliances q_uisont de règle dans le parlementarisme, à toutes les compromissions, à toutes les coopcrations avec ses adversaires >>. Mais cette attitude n'est pas sans heurter les convictions de nombreux socialistes; aussi, cxiste-t-il maintenant en Allemagne deux mouvements : l'un, celui de la démocratie-sociale, qui s'cloignc de plus en plus de sa route prin:iti\"e )); l'autre, celui des indépendants (( antiparlementaires, antiautoritaires ».
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