742 LA REYUE SOCIALISTE librement emprunter et produire dans des conditions de crédit normales, incompatibles avec la pratique de l'exemption. On conçoit bien, en effet, sans qu'il soit besoin d'insister, que les conditions de prêt ne sont plus les mêmes, selon que l'emprunteur offre ou non au prêteur une garantie hypothécaire. Dans une enquête sur cet objet, le consul anglais de la Nouvelle-Orléans a déposé que les « Homcstcaders » ne trouYaicnt que difficilement du crédit « et qu'ils le payaient d'ordinaire 40 °/ode plus que les autres ». En Californie, ou le Homcstead peut couvrir une valeur de 5,000 dollars, on l'appelle « The poor men law )> (la loi des pauvres) et les inscriptions sont peu nombreuses. Dans un comté de l'État de New-York, on compta quarante déclarations le lendemain de la promulgation de la loi; il n'y en a pas eu depuis. Dans un comté du Massassuchetts, on n'a relcYé que trentedeux déclarations de r 8 5r à r 88 5. Un seul mémoire, sur les trois présentés au concours, préconise ~l'introduction du Horncstead dans notre législation, et il invoque un argument qu'on ne s'étonnera pas de rencontrer dans un travail soumis à !'examen de l'Académie des sciences morales et politiques. Il faut adopter cette réforme pour opposer une digue au socialisme qui déborde clans nos campagnes, sans quoi, dit son auteur, « la bataille .sera perdue ». Malheureusement, si le Homcstead n'a eu qu'une influence trés modeste sur les progrcs Je l'agriculture aux États-Unis, il ne semble pas qu'il soit appelé à réaliser des mcrYeillcs dans les pays ou on essayera de le transplanter; car une tentative de cc genre a été faite récemment au Canada et clic est restée infructueuse. Des lois récentes l'ont introduit, en effet, dans l'ouest du Dominion, au Manitoba, en Colombie et dans les Territoires. Or, un des chefs du service de l'agriculture, à Ottawa, disait récemment : « Il n'y a peut-être pas une terre, dans l~s Territoires, qui ait été inscrite ici pour le« Homcstead exemption ». M. Lcrnsseur a donc raison de conclure que le Homcstead, « YU de prcs en Amérique, perd, comme les bt1tons flottants de La Fontaine, une partie du prestige que ses panégyristes lui prêtent en Europe ». * * * Donc, systcrnc Torrcns, Homcstcad, autant de moyens empiriques condamnés d'avance pour dénouer la crise formidable de cette fin de siccle. Et en parlant de <<crise », je ne veux pas parler du phénomcme économique improprement désigné « crise agricole ». Il n'y a pas plus de <<crise agricole» qu'il n'y a de<< crise industrielle », de <<crise commerciale » ou de « crise financicre ». Les difficultés que traverse l'agriculture se rattachent à un ensemble de caus~s générales
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