RÉFORMES AGRAIRES Les richesses agricoles les plus enYiables d'une propriété absolument collective ne remplaceront peut-être jamais, pour le paysan, la joie intime d'avoir tout ;\ fait à soi les fruits de l'arbre qu'il a plantc Jans son enfance, qu'il a soigné durant sa Yic, et qu'il se propose dt.· léguer :\.son fils. L'instinct de la propriété d'un gîte sûr pour reposer et dormir avec tranquillité et d'une parcelle de terre pour cultiYcr des plantes et des arbres, en préYision du besoin de nourriture, paraît aYoir été une des causes essentielles de la formation des sociétés humaines. 'Cette appropriation, dérinnt de la famille maternelle ou paternelle, s'adapte tellement aux besoins \"Ïsibles et aux désirs secrets de l'être humain, qu'il ne faut pas songer :\. la voir disparaitre, tant que l'on n'aura pas modifié l'état mental de l'homme. La prétention indiYiduclle ou familiale à la propriété exclusiYc d'un gite et d'une partie déterminée de territoire s'obscrYc aussi chez la. plupart des animaux. Dans les familles d'oiseaux, c'est un fait constant. L'oiseau carniYore ou pêcheur défend contre ses congénères du Yoisina~c le district qu'il considère comme son domaine particulier de chasse ou de pêche. Il est vrai que ses instincts d'appropriation individuelle se rclkhcnt, lorsque le gibier ou le poisson se trouve en abondance dans l'étendue de sa propriété. « Cela est naturel », obserYe le docteur Letourneau aYec tristesse ; « pourtant nous savons qu'il n'en va pas toujours ainsi dans nos sociétés humaines où la furetuJ'accumuler dépasse singulièrement la limite des besoins ». La reYcndication d'un territoire à titre de propriété indiYiduelle ou familiale est très fréquente chez les mammifères. Depuis que Tousscncl, dans L'Esprit des bêtes, a chanté, en prose poétique, les vertus surhumaines des chiens, nul n'ignore l'héroïsme inspiré par l'instinct d'appropriation personnelle du « grand ami dc l'homme ». Il est vrai que « les bêtes sont comme les dieux, ce que les hommes les font ». Grâce au dressage de leur maître, les chiens sont doués, à l'égard des diYcrses propriétés indiYiduclles placées sous leur sauvegarde, d'un instinct vraiment mcrYeilleux d'assimilation de pensées et même de préjugés. Les singes ont aussi le sentiment de la nécessité d'une propriété familiale ou individuelle; ils se partagent les forêts en districts dont la horde propriétaire ne tolère pas sans protestation l'empiètement par les individus d'une autre bande. L'instinct de la propriété particulière se remarque surtout dans les agglomérations collectivistes des laborieuses fourmis et des industrieuses abeilles. Certaines fourmis qui ont le sentiment de la propriété, manifestent un esprit d'épargne et de prévoyance exemplaire; elles élèvent des pucerons pour les sucer et les manger comme les hommes
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