LA REVUE SOCIALISTE dépense totale. L'élévation des loyers, l'augmentation correspondante des impositions et des patentes, ont obligé les petits commerçants d'exhausser le prix de leurs marchandises, et, comme la concurrence des grands magasins menace incessamment leur existence, ils attirent la clicntclc pauvre par les longs crédits qui ruinent à la fois vendeurs et acheteurs. Ceci dit, et étant démontré que la dcpcnse la plus réduite est encore supérieure aux recettes (r), comment l'ouvrier et sa famille parviennent-ils à subsister? Eh bien! ils font coà1me l'ouvrière dont nous avons pénétré l'existence: ils viYent de pommes de terre, de fritures, de légumes, de portions de viande dont la plus forte part est réservée à l'homme. Prenons, par exemple, un ménage qui, gagnant net par an r,600 francs, consacre à sa nourriture la moitié de cette somme, 800 francs; à son vêtement, le cinquième, 320 francs; à son loyer, le septième, environ 250 francs, et affecte le reste aux menues dépenses quotidiennes. Sachant qu'il ne peut consommer que la moitié de la nourriture (la moitié en valeur et non en poids) inscrite à notre premier budget, il est facile de connaitre son alimentation. Ses economics porteront tout d'abord sur la viande et les légumes, qu'il con-_ sommera rarement ensemble, parfois même sur la quantité qu'il réduira le plus possible; il remplacera le beurre par des graisses, remises en pot après avoir scn·i à la cuisson des aliments; il supprimera enfin le café et, avec le café, une grande partie du sucre. Le vin seul suppléera à ces privations nécessaires. SouYcnt (on peut même dire habituellement), il dînera d'une soupe et d'un quartier de fromage ou d'un plat de légumes. Cc n'est qu'à ces conditions qu'il pourra faire honneur à ses affaires,c'cst-à-dire maintenir dans une raisonnable limite l'iné\'itablc dette flottante. ., L' enq uêtc faite en r 886 a ré,élé l'insuffisante et malsaine nourriture de l'ouvrier belge, qui mange très peu de Yiande et fait habituellement ses repas de pain et de pommes de terre. Antérieurement, Ducpétiaux aYait établi que le prix de l'entretien des prisonniers, en cc pays, était supérieur au rcYenu moyen d'un ounicr. En admettant, au reste, que la classe ounièrc consommât réellement la quantité moyenne de ,•iande calculée par M. Husson, elle serait encore moins favorisée que le soldat qui, recc\'ant de 250 (1) Pour remédier a cette situation et dêtermincr le minimun de salaire nécessaire a l't:xistence, la Fédération nationale des syndicats du bâtiment dressa, au mois d'avril 1894, le buJget des dépenses d·unc famille de quatre personnes. Étant donné que l'ouvrier du bâtiment doit dêjcuner au dehors, ce qui, avec ses frais de déplacement, lui occasionne un.: Jépcnsc de 2 francs, cc budget s'éleva a 8 fr. 27 par jour. La cdrporation ayant it suppo. ter 88 jours de chômage par an, la Fédération fixa à 8 francs par jour pour l'a11 ,,;,. /oui enlière, le salaire dont elle cherchait l'évaluation.
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