La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

MOUVDIE:-.:T SOCIAL tique socialiste. Il falbit trouver les moyens d'harmoniser la dictature Yoilée du comité central a,·ec les tendances.décentralisatrices. A côté de cet intérêt principal il y en 'ayait d'autres, notamment la question agraire, et le mécontentement aigu des délégut:s om-riers au sujet des traitements des fonctionnaires du parti - un exemple de la cc lutte des classes » dans le parti même. Mais examinons l'ordre du jour point par point. Le discours inaugural de Liebknecht, prononcé a\'ec une énergie et une conviction qu'un demi-siècle de persécutions et de luttes n'a fait qu'augmenter, s'est appuyé surtout sur la nécessité de l'union en face des menaces de l:t réaction gom·ernementale. Après avoir tracé l'histoire du mom·ement en Allemagne et le rôle considérable qu'y a joué la \'ille de Francfort, Liebknecht s'est écrié : (( Il y a seize ans furent promulgul:'.es les lois antisocialistes, par lesquelles la société bourgeoise annonça sa banqueroute intellectuelle et morale. On croyait tuer le socialisme ; c'est au contraire le socialisme, deYenu la plus grande force politique du pays, qui a tué ces lois d'exception. En ce moment on parle encore de répression. <( Aujourd'hui méme le conseil des ministres à Berlin discute un projet pareil à -celui de Bismarck. Qu'on le discute! Qu'on le vote ! Qu'on nous persécute! Peu importe! Nous a\'Ons été éle\'és dans la lutte. La répression sera encore une belle école, une bonne discipline pour les jeunes camarades. Elle transformera en acier trempé le fer brut de leur zèle, et notre parti sera i1wincible, s'il rrstc 1111i. Résistons donc à tous ceux qui \'Oudraient nous diviser. Ce sont là nos pires ennemis. Marchons c11se111bl~ vers la \'ictoirc. A Bismarck le passe, à nous l'a,·enir ! En avant ! » Ensuite a commencé la discussion du rapport sur les finances et sur les contrôleurs du parti. Quelques Berlinois, très mécontents des (( gros traitements que touchent les rédacteurs aux journaux socialistes et les fonctionnaires du parti, ont proposé de fixer un traitement annuel maximum à 3,ooo marks, soit 3,600 francs. Des propositions analogues avaient été discutées au congrès de Berlin en 1892 et, l'an dernier, à Cologne, mais a,·ec moins de persistance et d'amertume. Pendant huit heures l'on a débattu cette question de rémunération. Une déclaration de Bebel a soulevé de vi,·es protestations. Il faut, a-t-il dit, distinguer entre le travail intellectuel et le travail manuel. Tant que nous vi\Tons dans la société bourgeoise, nous serons forcés de nous régler plus ou moins d'après ses habitudes économiques et financières. Il ne s'agit nullement de payer les mêmes salaires que dans le monde bourgeois, mais seulement de rendre possible que les rédacteurs et les fonctionnaires socialistes puissent mener une \"Ïe supportable. N'importe quelle maison bourgeoise leur paierait au moins le double de ce qu'ils touchent actuellement. Du reste, si nous ne leur payons pas des salaires _à peti près convenables, je crains qu'il ne fût bien difficile d_erecruter les talents nécessaires à notre agitation et à notre propagande. Très excités, plusieurs délégués ouniers protestent contre ce discours. « Faire une pareille distinction entre le travail intellectuel et le travail manuel, c'est renier notre programme», a dit l'un d'entre eux. ((Si l'on a vraiment une

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==