La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

612 LA REVUESOCIALISTE « crirc. La mortalité des enfants est trois fois plus grande à Londres « que dans d'autres grandes villes ». Quant au « sweating-system », l'odieux « systcmc de la sueur », exploitation du petit industriel par le grand, il sévit en Angleterre plus que partout ailleurs. Les efforts de quelques socic'.:tésde tempérance ne suffisent pas à nincrc la misère. Le système capitaliste est autrement puissant. Les tristes faits sont plus c'.:loqucnts que les rassurantes statistiqües de sir J. Lubbock. Quelques-uns, pourtant, regretteront qu'un président de l'Institut international de sociologie se contente de prononcer des harangues de comice agricole. Plus âpre encore qu'en Angleterre, la m1scrc c'.:trcint la Sicile. Dans la REVUE DE PARIS (n° du I5 octobre), M. Georges Lainé, en étudiant la Crise sociale de ce pauYre pays, trace de ses miseres un bien poignant tableau. La Sicile est pourtant une mcrYeillcuse île, dans laq uellc « on ne sait cc qu'il faut le plus admirer de la fertilité du sol ou de la richesse du sous-sol )). Et ses habitants meurent de faim. - C'est qu'ils sont paresseux peut-être. - Qu'on en juge par leurs traYaux. Dans les solfatares, M. Laîné nous montre deux sortes d'ouwicrs. Les uns, les picco11ieri, abattent des blocs de minerais que les autres, les carusi, transportent. Ces derniers sont, en quelque sorte, la propric'.:tédes premiers. « Le picconierc qui a besoin d'un caruso, paie 100 ou I 50 francs aux parents d'un enfant qui, a partir de cc jour, tombe en son pouYoir. Pour rccouYrer sa liberté, il faudra que le caruso rende la somme». Or, son salaire est d'cnYiron o fr. 70 centimes par jour! Quant à la besogne cxigec de lui, quelques détails, un peu longs peut-être, mais c'.:difiants : « Toute la journc'.:e sous terre, il monte et descend des escaliers bas, étroits, obscurs et glissants, les c'.:paulcs courbées sous une charge de trente à cinquante kilos. Il respire une atmosphère empcstc'.:e, oü les Yapcurs sulfureuses se mêlent aux émanations fécales. Bien souYent, à force de respirer un air rempli d'œufs d'helminthes, ils meurent d'une lente anémie, la « chlorose d'Egypte JJ, causée par les raYagl.':sde ces animalcules qui pc'.:nctrent dans l'organisme et s'appliquent aux parois des intestins à traYers lesquels ils sucent le sang du patient. Par l'effet du poids énorme que supporte l'epine dorsale à la hauteur du cou, nombre de ces enfants ne tardent pas a deYenir bossus. De temps à autre ils mangent à la hâte un morceau de pain en redescendant au fond de la mine, puis ils recommencent leur ascension sans perdre une minute; le picconierc est la pour raYiYer leur energic )>.

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