La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

LE, PARTI SOCIAL-DÉMOCRATE DE ROU~IANIE 595 qui, avec les biens d'assistance publique, formeraient un domaine inalicnablc; attribution de celui-ci à des paysans simplement usufruitiers, a\'antageant surtout l'affermage en association à des communes. - Création de pâturages communaux. » D'aucuns ont été tentés de \'Oir dans cette disposition une sorte d'Hcnry-Gcorgismc ou de Lassalianismc suranné. Il y a pourtant une sensible différcn~c. En effet, les socialistes roumains ne \'Oient pas dans cette réforme une solution définiti\'e de la question, mais simplement une mesure de transition qui n'a rien Je définitif - comme par exemple la journée Je huit heures - et une plate-forme d'agitation. D'autre part, clic n'a rien d'utopique ou d'irréalisable dans notre pays. La Roumanie posscde près Je deux millions d'hectares de terre appartenant à l'État et nous \'Cnonsdc Yoirqu'on a\'ait décidé de les \'CnJrc cxclusi\·cmcnt aux paysans. Quant à cc qui concerne le rachat par le gou\'crnemcnt des proprictcs pnYccs, c'est là une réforme tellement réalisable que plusieurs partis bourgeois, comme le parti libéral, le plus puissant chez nous, l'ont inscrite dans leur programme (r). - Cc en quoi nous diflèrons complètement d'eux est relatif à la destination de ces terres : ils \"Culent les Ycndre, nous \'OuIons les affermer; en tous cas, il est suffisamment prouYé que notre demande ne prcsentc rien d'irréalisable. Cet article du programme agraire a soulcYé de nombreuses objections, dont nous citerons la plus importante : On a soutenu que le rachat par un gouycrnemcnt bourgeois des propriétés particulières peut devenir, entre les mains de celui-ci, un nouYeau moyen <l'oppression, ainsi qu'il en est a<lYenu du domaine existant jusqu'à cc jour, qui n'a scrYi qu':\ enrichir la bourgeoisie. Mais il faut remarquer qu'il existe une notable différence entre l'affermage de terres à des bourgeois exploiteurs, comme ceux qui se sont jusqu'à présent emparés des terres de notre pays et l'affermage à des cultivateurs directs du sol; puis en cc qui concerne l'oppression, il est éYidcnt qu'on ne pourra réaliser un domaine inaliénable que sous la pression du peuple organisé et éclairé par le parti socialiste ; 0r, l'organisation selon nos principes serait sûrement la meilleure arme contre les tendances réactionnaires de la bourgeoisie. D'ailleurs chercher un programme agricole et une plate-forme d'agitation cxèmpts de toute ~bjection serait aujourd'hui légèrement utopique. Des lacunes et des inconYénicnts, il est sûr qu'on en trouve (1) Cette libéralité des partis bourgeois s'explique de la manière suiYante : Dans ces trente derni.:res années, par le développement des voies de communication et surtout par une effroyable exploitation des paysans (voir le rapport de Bruxelles) la rente de la terre a considcrablement augmente et par conséquent sa valeur, de sorte que la vente de terrains il l'Êtat constitue actuellement une excellente affaire commerdale.

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