La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

L'IMPOT PROGRESSIF DA:-SS LE CAKT0:-1 DE \"AUD 573 n11seredes autres. Il est extrêmement juste d'imposer chacun non pas selon ce qu'il reçoit de l'État, mais selo11ses forces. La réYolution française est née, en partie, du refus de la noblesse et du clergé de renoncer à temps à leurs privilcges, à leurs exemptions d'impôts, et d'abolir les charges iniques qui accablaient le peuple. On 110111s11warede la fuite des capitaux; mais les millions vaudois sont déjà placés, en grande partie, a l'étranger. Ils ne rendent pas de grands services _au pays. Les gros capitalistes sont bien rares qui prêtent encore à l'agriculteur;' ils cherchent ailleurs un intérêt plus rémunérateur. A supposer que le canton de Yaud s'appauYrissc, la faute n'en sera pas i l'impôt progressif, comme le prétendent les conservateurs. J'ai vu commettre une erreur semblable dans un canton voisin, disait M. Fauqucz pérc : La foudre était tombée sur un b[1timcnt d'un Yillagc fribourgcois. La maison aYait été incendiée, le fermier blessé, ses enfants grièvement brôlés, son avoir perdu. Le fermier, ardent catholique, réfléchissant à son malheur, dit : « Le ciel « m'a justement puni; j'avais mangé Ycndrcdi dernier de l'omelette « au lard ». Entre l'impôt progressif et l'appauYrissement du canton, il n'y a pas plus de rapport qu'entre l'omelette au lard et les effets de la foudre. Les arguments en fayeur de l'impôt progressif furent nombreux et bien présentés dans un discours de M. Rufl)·, dont Yoici le résumé: Qui pâtit du systè111eactuel? Le petit agriculteur, lepetit com111erça11t, le petit i11dustriel, le petit elllployé, à qui le fisc réclame une part de leur nécessaire. Jusqu'en 1877, l'impôt mobilier s'est perçu de la maniére la plus injuste. Il se payait sur une somme de 400 millions, tandis que la fortune mobilicrc s'élevait presque au double. Elle se dcrobait; c'était le pauvre qui payait pour le rie/Je. En 1877, on frappa d'une amende de 20 °/0 au moins le contribuable qui ne ferait pas sa déclaration de fortune, et l'on frappa aussi les fraudeurs. En peu d'annces, le capital imposable monta à 580 millions! 180 millions qui venaient au jour! Nous ne sommes pas au bout ..Nous avons encore de pénibles découvertes à faire, pas pcnibles pour le fisc, mais pour la morale. Combien de fois des capitalistes, à leur mort, ne laissent-ils pas des fortunes bien supérieures à celles pour lesquelles ils étaient taxés! Les impôts i11directsso11tinjustes. Adam Smith en a fait la critique et a même dit : « Il n'est poi11t déraisonnable que le riche contribue « aux. dépenses publiques, non seulement à proportion de son revenu, « mais pour quelque chose de plus ». Bien qu'assurant certains services importants, l'Etat u'est pas 11n marcba11d de services: on ne peut lui acheter pour cinq centimes de justice, dix centimes de police et cinquante centimes de routes ! Chacun doit à l'État selon ses forces, et non en rai'son des béncfices qu'il en retire. D'ailleurs celui qui pos-

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