LETTRES SOCIALISTES LETTRES SOCIALISTES II AUX FEMMES Ce que j'ai à leur dire dcYrait s'adresser à toutes. Mais comment faire? Dans la société où nous YiYons, les femmes, plus encore que ks hommes, sont divisées en deux groupes distincts : celles qui, pareilles aux lis des champs, ne tra\'aillent ni ne filent, et qui sont cependant vèlues de robes aussi fraiches, aussi nuancées, aussi gracieuses que les corolles des fleurs; et les autres, celles qui peinent dur, qui, pour vivre, sont contraintes de vendre leurs bras, leur force, leur jeunesse, leur beautè, qui gagnent leur pain et la mort en se faisant machines à travail ou machines à plaisir. È\'idemmcnt les paroles qui conYiendraient aux prcmiéres ne sauraient conYenir aux secondes; il me faut bien parler scparèment aux deux classes, presque aux deux races ennemies, qu'a créées notre belle organisation sociale. * * * A vous d'abord, les heureuses. A vous, Mesdames, qui, reines d'un salon, ,-raies créatures de luxe, adulées, choyèes, gàtces, parées de soie, de rubans, de dentelles, ne connaissez guérc d'autre souci que celui de vous maintenir belles et 'de retarder ot1 de cacher savamment les ravages iné\·itables de l'âge. A vous encore qui, sans être aussi riches, êtes du moins les . reines respectées d'une famille aisée; à yous qui, sûres du lendemain, affranchies des besoins d'argent, pouvez vous consacrer tout entières à· votre ménage, à vos enfants, à votre culture personnelle, voire à de pieuses <ttdiscn~tes charités. 33
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