La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE nous pan·enir et dans lequel aucun article n'est signé, peut-être pour assurer le désintéressement des auteurs, peut-être plutôt parce que là tout est un peu l'œuvre de tous. Les prcmiéres pages de ce petit recueil sont consacrées à celui dont le douloureux anniYcrsaire nous réunissait, il y a peu de jours, devant une urne au cimetiérc, à notre maître Benoît Malon. Dans les nombreuses études parues sur l'œuvre de notre grand philosophe il en est, certes, peu de plus respectueuses à la fois et de plus précises que celle-ci, écrite par des jeunes gens qui sont ses disciples, qui par lui vinrent au socialisme et bien haut le confessent. Ils ont su donner de la direction de son œuvre et de son importance une idce nette dans les quelques lignes d'un résumé : Malon a été amené à rendre au socialisme sa forme i11ti!grnle, c'est-à-dire qu'il a affirmé et prouvé que les réformes, même économiques, ne pouvaient être obtenues que par une rénovation de la morale, de l'économie sociale : une société où les gens éclairés croiront fermement à la libre concurrence et à la Providence n'admettra jamais une réforme socialiste. D'autre part, Malon a dû chercher à replacer le socialisme dans le milieu réel où il s'est produit, c'est-à-dire à analyser da11Sle détail l'organisation sociale actuelle qu'il s'agit qe transformer. Il a été amené ainsi à poser et à résoudre le problème pratique d'appliquer à une société capitaliste, basée sur une morale individualiste et supportée par une administration nationale centralisée, le maximum possible actuellement de réformes socialistes, inspirées par une morale humanitaire et tendant à rcduire l'État à une fédération volontaire de communes ou cantons. Son œu\Te est donc très grande : il a fait sortir le socialisme des laboratoires; il est à la fois l'A111pJret l'Édison du socialisme. C'est en grande partie à sa Revue socialiste que revient le mérite de la fusion, de plus en plus complète, des partis socialistes français. Un peu plus loin, voici deux confére~ces : l'une sur le Milliard des ù1dige11fs, la fortune des pauvres, les biens de l'assistance et leur triste emploi; l'autre sur la Suppressiondesoctrois; puis quelques feuilles de Doc11111euts « pouYant servir à une étude du régime des caisses de secours dans les compagnies minières », exposé à titre d'exemple, à côté des principaux a1'ticlcs du réglement de la Compagnie de Lens d'un procés intenté à cette même Compagnie par un mineur blessé, la monographie d'une petite infamie; enfin un résumé un peu bref, mais fort clair, du système de Proudhon, de sa Critique de la propriété. - De la simple et bonne besogne prouvant une fois de plus les progrès de l'idée socialiste au quartier Latin. En pourrait-il être autrement, d'ailleurs ?Est-ce qu'en tous temps les grandes et généreuses idées, celles qui mettent plus de chaleur au cœur et d'idéal au front, n'ont pas enflammé cc petit coii1 de Paris où de jeunes privilégiés viennent faire leur apprentissage d'ounicrs de la science?

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