La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE les pénalités terribles contenues dans l'ordonnance de 1539. Celle-ci interdit aux ouvriers « de ne faire aucunes congrégations ou assemblées grandes ou petites et pour cause et occasion que ce soit, ni faire aucuns monopoles et n'avoir intelligences les uns avec les autres, du fait de leur métier, sur peine de confiscation de corps et de biens ». Je le répète, à l'époque ou le conseil du roy rendit cette ordonnance, François Jer était entièrement dans les mains du parti catholique, qui gouYcrnait sous son nom, par l'intermédiaire d'un triumYirat composé de deux cardinaux et d'un connétable, tous obéissant fidèlement au mot d'ordre de Rome. On devine quelle réponse durent faire les auteurs de l'ordonnance de r 539 au sénéchal de Lyon. Non seulement sa sentence fut déclarée niable, mais les lettres royales du 21 aoôt de cette même année aggravèrent encore de peines nouvelles les sanctions existantes. Il y est dit au nom du roi que le sénéchal pourra condamner les gréYistcs au bannissement, à la torture et même la peine éapitalc ! Les ounicrs étaient donc doublement condamnés dans leurs revendications, et par le sénéchal et par le conseil du roi. Cependant ils ne se découragèrent pas. Sans doute le sénéchal recula devant l' ap-- plication rigoureuse de la torture et de la peine capitale. C'est cc qui peut seul expliquer la désobéissance formelle que les grhistes opposèrent à l'arrêt royal du 21 aoôt. Les ouuicrs, en effct,en appelèrent du jugement du conseil priYé au Parlement de Paris. Le 29 septembrc;unc noll\·elle lettre royale annule l'appel interjeté, ordonne l'application immédiate des dispositions contenues dans celle du 2 r aoôt précédent et dans l'ordonnance de Villers-Cotterêts. Les ouvriers trouvèrent encore le moyen d'éluder les ordres catégoriques du roi, car au mois de septembre 1840, le Parlement, tenant ses grands jours à Moulins, rend un arrêt consacrant les prétentions des Oll\Tiers. Il dispose que cc les apprentis ne besoigncront à composer et à mettre les lettres qu'ils n'aient demeurés trois ans apprentis». C'ctait restreindre les bénéfices patronaux résultant de l'emploi des apprentis comme ouniers, cause principale de la grèYc, car cc sont ces pratiques contraires aux règles corporatives antérieures qui faisaient baisser les salaires. Aussitôt cet arrêt rendu, les typographes assignent les maîtres qui faisaient leYcr la lettre à des apprentis specialement dresses pour cc travail peu difficile. A cette audacieuse démarche, grand émoi parmi les patrons, qui menacent de quitter Lyon et de transporter leur industrie à Yicnne. Aussitôt, le consulat se réunit et un de ses membres est délégué à Paris pour obtenir un nouYcl arrêt qui annule celui de Moulins. C'est seulement le 28 décembre 1541, c'est-à-dire plus de deux ans aprcs la déclaration des hostilités qu'interYint un cdit enregistré à Lyon le 12 avril I 542. Il cassait l'édit de Moulins et confirmait sur tous les points

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