La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE c'est bien ainsi qu'on les prend dans les manuels. Elles n'ont aucune portée philosophique et n'en peuvent aYoir. Leur en donner, c'est la dérision de toute logique expérimentale et le scandale de la logique tout court. Cc point trés important de philosophie zoologique est mis en vive lumierc par le docteur E. Bonardi, et tous les amis de la clarté doivent l'en remercier, car ces déductions indùment tirées d'expériences qui ne portent pas, continuent à barrer, on ne sait trop pourquoi, le chemin à l'évolutionismc matérialiste. L'auteur fait ensuite, dans l'élaboration de l'éYolutionisme matérialiste, la part de Linné, qu'il revcndiq uc hautement, malgré la légende courante, comme un des fondateurs de la théorie évolutioniste; de Lamark, dont il met en relief le rôle prépondérant et les idecs nettes trop souvent dénaturées par la peur de n'être pas compris et p'.lr les concessions faites aux prejugés ambiants et plus dénaturées encore par la réaction spencéricnnc ; de Carlo Cattaneo, d'Hœckel, le nai législateur du monisme matérialiste, le premier qui ait donné la synthése des lois partielles posées par Lamark, Darwin, Fritz Müller, et qui ait résumé dans une formule lumineuse tous les résultats positifs de l'anatomie comparée, de la paléontologie et de l'embryologie. Hœckcl est le Laplace de la biologie. L'arbre généalogique, la philo:. génie, d'une part, le déYcloppcmcnt embryologique, l'ontogénie de l'autre sont harmoniques. Telle est la base solide de l'cvolutionisme matcrialistc. Le monisme suppose autre chose. Le docteur E. Bonardi rappelle alors les hypothéscs cosmogoniques de Kant et de Laplace, les théorémcs sur la dissipation de l'énergie. Il les admet provisoirement, scmble-t-il, et n'en est pas décourage. Les chants apocalyptiques de Lucrece et de l'Église ne l'effrayent pas, même dans le cas ou la loi de Thompson~ qui n'est valable que pour un systéme clos, serait applicable à l'infini réel, ce qui n'est pas prouYé. Dans Il pe11sioroitnlirwo, GioYanni Lerda donne une étude « La lutte pour la Yie, essai. d°c sociologie ». Il s'agit encore ici des fausses interprétations données de la doctrine darwiniste. Transporter les lois de l'élcnge, sélection naturelle et s<'.:lcctionsexuelle, à la psychique et à la sociologie, c'est manquer à toutes les lois de la logique. La loi de Darwin, comme loi générale de biologie est inexpugnable. Mais cc n'est pourtant pas la faute à Darwin si des sociologues ont Youlu l'appliquer à la société humaine et pis encore à la société ciYile. C'est confondre trop facilement les r<'.:flcxestres compliquées de la pensée humaine et de la société civile aYcc les rcflcxcs rclati,·cment simples d'une troupe de cavales et d'étalons lâchés en liberté à traYcrs les pampas de l'Amérique. Les sociétés humaines ciYilisécs sont la résult.ante d'une telle complexité de forces, d'actions et de réactions mutuelles que cc serait folie de vouloir les mesurer ayec les unités,

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