La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

REVUE DE LA PRESSE tTRA~GtRE moment le terrain de la polémique sociale pour celui de la logique scientifique, les deux d'ailleurs au fond ne faisant qu'un. C'est un étrange mot que le mot évolution. Il a donné lieu aux interprétations les plus diverses, les plus fantaisistes parfois, pour ne rien dire de plus. Partisans et adversaires l'ont mis, si l'on peut dire, a toutes sauces. L'un confond l'évolution avec le darwinisme au sens strict, l'autre transporte brutalement la lutte pour la Yie aux phénomcnes psychiques et sociaux; de plus audacieux identifient l'idée d'érnlution ayec le continuel devenir d'Hegel, avec la persistance dans l'être dè Spinosa, avec l'inconscient d'Hartmann, aYec la bonne volonté de Kant; de • plus subtils encoi·e remontent a Thalés, à Anaximandre, à Anaximene, à Héraclite. On ne parle pas des caricatures chéres aux poctes et aux économistes: l'homme cousin germain de l'âne ou du crapaud. Pourtant l'idée précise d'éYolution est de date moderne, et trcs moderne: Lamark, Hutton, Lycll, Darwin, Hœckel, ces derniers surtout, ont seuls déterminé nettement l'idee d'un arbre généalogique des organismes. Or cette conception positive de l'arbre généalogique est, à dire nai, l'épine dorsale de la doctrine. Cet arbre a pousse sur la ruine • des vieilles classifications botaniques et zoologiques. Il est si \Tai que cette conception est récente qu' A. Comte, tout en la définissant exactement, la proclamait chimérique. Le collectiYisme scientifique de cette fin de siccle s'est charge de faire une hypothése presque verifiee de l'hypothèse i1wérifiable de Çomte. Le monisme matc'.:rialisrne a la direction incontestée de la science contemporaine. Galilée, Descartes et plus tard, malgré la courte reaction dite newtonienne, Kant, Laplace, Grove, Mayer, Thompson marquent les étapes de cette progression qui se termine en triomphe. Même les fameuses et surfaites expériences de Pasteur sur les générations spontanées n'ont pu arrêter le mouvement. Personne plus que moi, dit le docteur Edoardo Bonardi, ne s'incline devant le génie de Pasteur; sa doctrine des ferments a ouvert de nouveaux et vastes horizons à la chimie, a créé la bactériologie expérimentale, a mis en lumiére l'étiologie et la patogénèse des maladies infectieuses. Mais quant à la . v'aleur philosophique de ses expériences fondamentales sur l'origine des organismes inférieurs, pour mon compte je ne la reconnais aucunement. Quelle singulière expérience que celle où les facteurs d'un phénomène à expliquer sont arbitrairement mis à part des conditions naturelles où le phénomène se produit! La critique que fait le docteur E. Bonardi des conclusions tirées ordinairement des expériences de Pasteur est des plus fines et des plus fortes. En vérité, on a presque honte d'avoir à redire que les expériences n'ont rien a voir avec la question de la géncration spont_anée. Elles ont leur valeur en ellè-mêmes, comme modéles d'élégance, et 30

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