La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

!.A VIE SOCIALE, LA MORALE ET LE PROGRÈS 437 mais de la constance du rapport entre un acte et ses conséquences, c'est-à-dire de l'expérience ». De là les variétés de conception du bien moral ou idéal moral à travers les âges et les civilisations. « Si nous réfléchissons que les « constatations de la conscience concernant les actions, leurs mobiles et leurs conséquences, d'abord vagues, incertaines, confuses, doiYent nécessairement tendre à se coordonner, à se co9trôler mutuellement, à se confirmer, à se Yérifier réciproquement les unes par les autres, grâce à leur rc':pétition, nous entrevoyons la raison de l'évolution du perfectionnement progressif de la conscience .morale et nous sommes amenés à conclure que ce perfectionnement est bien le résultat de l'expérience». Tous les actes auxquels on attribue d'un commun accord le caractère d'actes moraux ont toujours pour effet de fortifier cette solidarité des êtres entre eux, cette réciprocité et cette ~épcndance mutuelle qui forment le caractère dominant de toute organisation sociale. Ces actes provoqués en nous par l'adaptation croissante aux conditions du milieu deviennent plus faciles par la répétition ; ils constituent dés lors une habitude, une tendance de l'indiYidu, une maniere d'être. La faculté d'accomplir ces actes s'organise en nous au point qu'ils finissent par jaillir comme des phénomènes réflexes, c'est~à-dire spontanément et inconsciemment. Les actes conscients et voulus exigent de nous un certain effort : ils résultent d'une moralité encore chancelante , non parfaitement adaptée au milieu et qui, par la répétition, dcYicndra capable à son tour d'accomplir mécaniquement des actes qui nous paraissent complexes e~ difficiles. Alors la solidarisation de l'individu avec la collectiYité est plus solide et plus effective. Malheureusement, il y a dans nos sociétés une part considérable encore d'insolidarité; c'est faire acte moral que de contribuer à l'organisation, c'est-à-dire à la solidarisation de l'ensemble. Le mouvement socialiste contemporain doit être considéré comme l'éveil du se11s ocial et comme la manifestation du besoin d'une solidarisatior'I plus complète : « Ne nous y « méprenons pas, cc n'est pas seulement de la faim, ce n'est pas « d'une simple question de ventre qu'il s'agit, comme on l'a dit ·et « comme on a voulu avoir l'air de le croire ; non, le torrent « irrésistible qui nous e_ntraîne, menaçant d'engloutir notre Yieux « monde, si on ne l'endigue, c'est le socialisme, c'est-à-dire c'est « l'humanité qui s'cYcille à la conscience de sa destinée, c'est le cri de « détresse de la solidarité sociale, méconnue par notre civilisation « atrocement individualiste avec ses prétentions hypocrites et men- « songeres à la fraternité, c'est la réaction équilibrante des forces « sociales mal équilibrées, c'est l'être social qui sent son rôle dans le « rouage social et qui veut sa part des avantages et des biens qu'il « produit >>. Ce sont, du reste, les sociétés les mieux organisées en

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