LA REVUE SOCIALISTE poursuites qui ne leur manquèrent pas ; on avait arrêté les chefs. Malon et Varlin reprenaient la tête du mouvement sans se soucier du danger. Et lors de la grève du Creusot, lorsque par l'arrestation d'Assi elle resta sans direction et menaçait d'être vaincue, Malon en prit la direction et la fit réussir. Oui, ce doux pâtre, ce puissant sociologue était un homme d'action. Pendant la guerre aussi il fit son devoir de patriote, comme nous tous, les socialistes. Il faut que cette légende qui nous représente comme des antipatriotes cesse enfin d'aYoir cours. Certes, nous ne sommes pas patriotes à la façon de messieurs ks bourgeois pour aller porter la guerre, la mort et l'incendie chez des peuples frères; les socialistes sont patriotes comme l'étaient nos pères de 89, de 92, nous voulons défendre nos foyers, garder la terre de la Révolution, faire triompher la liberté, et commê nos aïeux nous serons toujours contre les maîtres avec tous les esclaYes. Le grand honneur de Malon, c'est d'avoir compris et propagé partout cette idée que le socialisme n'était pas seulement une question d'intérêt, mais surtout de justice. « On ne fait pas des révolutions avec des appétits, disait-il, « mais seulement pour la poursuite et la réalisation d'un idfal. » Et c'est cette pensée d'un idéal, l'enthousiasme qu'elle a soulevé dans les consciences, qui a amené au socialisme tant de jeunes gens, d'intellectuels, tous ceux qui ont au cœur la noble passion de la justice et l'amour de l'humanité. Et la plupnrt de ces recrues, c'est à Malon que nous les devons. Il est mort au moment où il pouvait déjà voir de loin les ((Chanaan promises » ; nos idées pénètrent partout et nous pouvons entre\·oir l'aurore de la justice sociale. Il n'y eut jamais, en aucun temps, préliminaires aussi certains de transformation, réussite aussi assurée pour les préparateurs de l'avenir. Jamais le peuple n'a été pénétré de ses droits, conscient de ses revendications, com·aincu de sa force comme maintenant. Les idées ont pénétré partout et le peuple à présent se dresse calme, en une irrésistible poussée, mûr pour ses destinées noU\·clles et son définitif affranchissement. Et cela nous le devons en grande partie à Malon et à tous ceux qui ~omme lui furent de grands penseurs, de féconds semeurs d'idées. Voici, déjà les gerbes se k\·ent et la génération qui vient fera la moisson superbe : heureux seront nos fils, ils entreront dans l'a\·enir ! Kous pleurons aussi Malon parce qu'il fut entre tous un défenseur des faibles et des femmes; non qu'il fut ce qu'on appelle un« féministe», qu'il fit une question spéciale de l'émancipation de la femme; non, Malon, comme tous les nais socialistes, réclamait l'égalité pour les femmes, mais il savait bien qu'elle ne pourrait être réalisée qu'a\·ec et par le socialisme; il croyait aussi que l'affranchissement de l'humanité ne pourrait avoir lieu que quand les femmes seraient venues au socialisme, et il m·ait absolument raison. Oui, quand vous aurez appelé la femme aux id.'.:esnouvelles, quand vous l'aurez instruite, qu'elle partagera \'OS idées, que \'OUSen aurez fait vraiment votre compagne, votre (( ami », qu'elle suina la mf:me route que vous, ce jour-là YOSforces -seront doublées et le Socialisme sera Yainqueur. • Nous le remercions donc comme militant, comme défenseur des faibles cet homme qui fut juste, dhoué et bon toute sa \·ie, et comme amie, comme sœur, nous le pleurons toujours.
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