La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

MOUVEMENT SOCIAL 375 Contraireinent à tou_sles précédents, le ministere public maintint l'action publique, laquelle, naissant avec l'action priYée en diffamation, tombe d'habitude aYec elle. 2° Contre le citoyen Gasselin, membre de la section du parti oun-ier de Caudry, pour avoir vendu l'I11/ernatio11ale, chanson fort connue d'Eugene Pottier, écrite sous l'Empire en 1868, et figurant dans le liYre de chansons réYolutionnaires édité chez Dentu. Sans egard pour ses six petits enfants, la Cour d'assises du Nord a condamné Gosse lin· à un an de prison, roo francs d'amende, aux frais et au • maximum de la contrainte par corps. 3° Contre le citoyen Wilfart, conseiller municipal de Lille, condamné à l'amende par le juge de paix, parce qu'il aYait chez lui un tableau représentant Marianne, drapeau rouge à la main, terrassant le capital !!! Que les incrédules aillent se renseigner au Réveil du Nord! 4° Contre Albert Goullé, de la Petite République, pour injures au Président de la République. Nous attendons aYec confiance le yerdict du jury de la Seine. 5° Contre le citoyen ~ondet, secrétaire général de la Fédération des mineurs, arrêté à Graissessac le lendemain de la fin de la grèYe, et condamné à huit jours de prison pour outrages aux gendarmes. 6° Contre des ouvriers renvoyés par leur patron à la suite d'une gréve malheureuse, et ayant gardé chez eux les outils qui leur servaient précédemment à travailler à domicile. Ces ouwiers n'entendaient nullement s'approprier ces outils, mais ils se refusaient à les reporter eux-mêmes chez leur propriétaire. Ils a,·aient même écrit à ce dernier pour l'ayertir qu'ils tenaient les outils à sa disposition. Le procureur de la République de Charle,:ille n'en poursuivit pas moins les ouvriers pour détournement, en ve1:tu des articles 406 et 408 du Code penal. - Désigné pour être leur défenseur, je me rendis à CharleYille, et ma premiére visite fut pour le procureur, qui eut le bon esprit de me proposer une transaction, à savoir le dépôt par les ouvriers de tous les outils chez une tierce personne. Socialiste militant, j'aurais plutôt conseillé aux ouvriers de ne pas accepter cette honorable dansaction et d'aller au besoin jusque devant la Cour d'appel. Il me semblait monstrueux que d'honnêtes ouvriers pussent être condamnés comme escrocs pour refus d'aller reporter des outils à une usine dont ils étaient renYoyés à la suite d'une juste gréYe. En tous cas ce point de droit avait besoin d'être éclairci. Mais en la circonstance j'étais ayant tout avocat, et je devais éviter à mes clients toute chance de condamnation. Je restai donc neutre, et les ouvriers acceptérent la transaction, aprés que j'eus décidé le vice-président ouvrier du Conseil des Prud'hommes à être le dépositaire des outils. Et selon sa promesse, le parquet abandonna les poursuites. Cc fait <l'incrimina-

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