La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

LA RE\'UE SOCIALISTE Le Mythe d'Ada111et d'Ève ÉTUDE DE CRITIQUE RELIGIEUSE li n"y a que ce qui peut être qui puisse étre pensé. PAR'.\11:.~IDC. Les mythes sont des récits mensongers qui représentent la vêrité. ARISTOTE. Les récits de la Loi sont le ,·êtemcnt de la Loi ... Il y a des commandements qu·on pourrait appeler le corps de la Loi ; les rêcits des faits vulgaires qui s'y mêlent sont les ,·étcments dont le corps est recouvert. Zo-HAR (dcuxiême p.1rtic de la KABBALE). La France du dix-huitième siècle, qui, alors, ctait par excellence le pays de la critique et de l'irn'.:ligion, n'a\'ait que deux façons d'e11Yisagcr les n'.:cits de la Bible : ou faire acte de foi et les accepter <\ la lettre, ou faire acte de libre-pensée et les rejeter comme des impostures. Les esprits philosophiques de notre époque ne se gaussent plus de leurs improbabilités, ni ne s'agenouillent dc\'ant leurs mystères : ils les interpn'.:tent et essayent de découHir si leur c1wcloppe fantastique ne rccele pas des faits positifs. Ils imitent les médecins aliénistes, qui au lieu de nier certains phenomenes miraculeux, d'ailleurs indéniables, ramènent à des causes pathologiques ces faits extraordinaires, attribués à une inter\'ention diYine. Tout cc que pense l'homme est \Tai, même cc qui paraît innaiscmblable. Il est, en cfFet, impossible d'admettre que l'intelligence humaine, qui ne s'exerce que sur des phénomènes réels, puisse concc- \'Oir rien d'absolument irréel : retournant le mot profond du philosophe grec, on peut, je crois, affirmer que tout ce que pe11sel'bo111111e a été, est, 011 peut dire. Mais les phénomcncs se reflctcnt, se combinent et se transfigurent diYcrsement dans le ccn·cau humain d'aprcs son degré de déYcloppement et de culture, comme les images des miroirs com·excs se déforment d'après leur diamctrc. L'intelligence é\'oluc a\'ec les époques historiques; aussi le mythe qui nous semble absurde a paru, au con-

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==