La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

330 LA REVUE SOCIALISTE causes du mouvement et lui gagner de nounaux adhérents. On dressa une liste des restaurateurs YCndant de la biére interdite et on alla jusqu'à exercer un contrôle scyèrc sur tau t le petit commerce Yendant de la bière à emporter. Cc proccdc méthodique des otwricrs syndiques deYait d'autant plus exaspérer les fauteurs de la lutte que nombre de petites brasseries de la pro\'ince et de Berlin même profitèrent de la situation propice pour élargir aux dépens des brasseries boycottées le cercle de leur clientèle. En haine de la concurrence meurtrière qu'ils aYaient dù subir et pour regagner les positions perdues, les propriétaires de ces petits établissements firent tout leur possible pour subvenir aux besoins des consommateurs (r). Leurs produits supplantèrent les produits des concurrents et les actions des brasseries réunies baisscrcnt considérablement. Alors messieurs les fabricants de bicre tentercnt un dernier effort. Ils essaycrent de rendre impossibles les réunions publiques en refusant aux ouniers, partout ou cela leur fut possible, les salles d'assemblée. Par des menaces ou des subsides a l'adresse des restaurateurs, qui en majeure partie se trouYent sous leur dépendance, ils y rcussircnt même partiellement et cc petit succcs ne fit qu'accroître en eux l'esprit belliqueux. Dès lors, leur parler --..de concession eut été les offenser. Aussi les démarches que fit auprcs d'eux le président du Conseil des prud'hommes, afin d'étabÎir entre les deux partis en présence une entente préalable, restèrent infructueuses. La lutte de\'ait donc se poursuinc et s'aggra\'Cr. Jusque-la sept brasseries seulement avaient été mises a l'index. L'intransigeance patronale, dont nous Yenons de donner un exemple, d'une part et le fait que d'autre part, par des subterfuges malhonnêtes des restaurateurs et de leurs fournisseurs, une assez forte quantité de bicrc boycottée fut, à l'insu des consommateurs, débitée comme non-boycottée, amencrent les ouniers a étendre l'index à 3 I établissements. Cela fut fait le soir du r r juillet par le YOtc una- (r) Ces efforts s'expliquent. Dans peu de branches de l'activité nationale la concentration du capital s'effectue avec plus de succès que dans la fabr;cation de la bière. Gr:\ce il la sup<!riorité technique et matérielle des grands établissements, les petites brasseries succombent rapidement a leur concurrence. Ainsi en 1873 il y avait en Allemagne, d'après les A1111alestatistiques de l'Empire en tout 13,561 brasseries. Dix ans plus tard, en 1883, le nombre s'était réduit a ro,921; enfin en 1893 on n'en comptait plus que 8,460. La production cependant n'avait fait que progresser. En 1873, on fabriquait en tout 19,654,900 hect. de bière; en 1883, la production était de 22,113,200 hect.; enfin en 1893, bien qu'entre temps 5,101 établissements avaient disparu, elle était de 33,170,100 hect. D'après ces chiffres la fabrication annuelle était en moyenne de r,449 hcct. par brasserie en 1873, tandis qu'en 1893 elle avait atteint le chiffre 3,921 hect. Ce qui veut dire que la socièté par actions H.nd a remplacer de plus en plus, et avec une rapidité croissante, l'antique brasserie.

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