La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE s'écrie: « Je ne m'étais pas trompée, j'avais raison de dire que bientôt ce mioche ne crierait plus ». - Mais pourquoi? - Pourquoi? Parce que dans quelques heures Mie aura fi.ni de souffrir. .... Il sera guéri. - Vous croyez, maman? - Parbleu! il va déjà mieux. Vois, il frétille beaucoup moins que tout a l'heure. - C'est nai, mais ne vous semble-t-il pas que ses yeux sont égarés ? - Mais non, sotte. Et ce tac tac, la, dans sa gorge, n'est-cc pas effrayant ? Tu es folle. Enfin, d'où vient qu'il crispe ainsi ses menottes? Tiens, il désire peut-être jouer ... Écoute, poursuit la matrone, d'une voix persuasive, ton bébé sort d'une crise, maintenant il a besoin de repos. Mets-le dans son dodo, laisse-le bien tranquillement s'endormir; il fera un bon somme et, à son réveil, tu lui donneras le sein. Allons, Gudulque, hâte-toi ; li se fait tard, et tu sais que tu dois absolument ttrmincr cc soir le corsage de l'actrice du premier. Gudulque obéit. Elle porte l'enfançon au fond de la piéce, dans une alcôve, où se trouve sa couchette. Péniblement, elle détache de son cou les doigts du petiot, agrippés comme des serres d'oisillon, baise longuement lts lèvres décolorées, d'où s'échappe le râle sinistre, et dépose ensuite le pauHet dans le berceau. Puis, elle revient s'asseoir a sa table a ounage, pendant que la concierge, satisfaite, s'enfonce lourdement dans le fauteuil, où elle ne tarde pas a ronfler, tirant machinalement, a chaque coup de timbre, le cordon de la porte. Gudule coud, trés distraite, presque a tous les points, elle s'arrête, écoute: Ah! ce maudit tac tac, qui lui arrive du fond de la loge, quand cessera-t-il? Enfin le lugubre rythme devient de plus en plus sourd, s'éteint petit a petit: brusquement il cesse. - Dieu soit loué, se dit la . jeune mère, mon enfant s'est endormi, et, maintenant rassurée, sans inquiétude, elle s'absorbe dans son travail. L'aiguille va, rapide, fiévreuse, les heures passent. Minuit sonne à la vieille horloge flamande : l'ouvriére pousse un soupir, sa tâche est fi.nie.. Vivement, elle pose le corsage de la cabotine sur la ·table, jette son dé et court a l'alcôve. La voila, émue, souriante, inclinée au-dessus du berceau. Oh ! comme il dort paisiblement, profondément, son fils! Comme elle voudrait ne pas devoir le réveiller. Mais il faut cependant le faire têter, car le lait coule goutte à goutte de ses seins gonflés à craquer.

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