.. 294 LA REVUE SOCIALISTE Voici les casseuses de sucre. « Priez l'une d'elles de vous montrer sa main. Les ongles sont à demi-rongés;. l'extrémité du doigt présente un méplat produit par l'usure de la chair ... Quelquefois, ce ne sera plus un doigt que vous verrez, mais un moignon sanglant que l'ouvrière recouvre d'un linge, non pas tant pour moins souffrir que pour ne pas tacher le sucre qu'elle manipule. La malheureuse n'a même pas la ressource d'une callosité protectrice. Le sucre râpe tout. « Pour 2 fr. 50 et 2 fr. 70, ces femmes travaillent sans relâche pendant dix heures, courbées sur le cassoir mécanique, poussant les lingots sous la scie. Que dire des porteuses, de celles qui débarrassent le scieur de pains et fournissent les plaquettes de sucre à la consommation du cassoir ! Ces plaquettes se transportent dans des caisses pesant environ seize kilogs. Les ouvrières transportent par jour sept à huit cents de ces caisses d'un bout à l'autre de l'atelier (qui mesure, par exemple, à la Raffinerie parisienne de Saint-Ouen, vingt-cinq mètres de longueur). Des hommes ne voudraient pas faire ce travail, même à raison de cinquante centimes l'heure. Les femmes sont payées vingt centimes! (1) » Parfois on impose à de toutes jeunes filles de tirer à bras des charrettes pesamment chargées. Deux enfants de 16 à 18 ans, ainsi attelées, se trouvèrent prises un jour, sous nos yeux, dans un embarras de voitures. Incapables de se dégager, elles réclamèrent notre aide et celle de quelques passants. Quelle ne fut pas la surprise générale en constatant qu'il fallait à un homme déployer une vigueur relativement considérable pour remettre en mouvement cette charrette traînée par des enfants! Nous avons, en 1892, signalé au Congrès de Tours l'usine Dcrcelles, de Nantes, comme employant des femmes à la fabrication des boulons. Devant ce même congrès, M. Caumcau, conseiller municipal de Paris, exposa la misérable condition des tailleuses de limes de Cosne. Ces femmes travaillent jusqu'à quinze et seize heures pour un salaire moyen de 1 fr. 25 à I fr. 50, et M. Caumcau assura que, depuis son entrée à !'Hotel de Ville, il avait dù faire admettre dans les hôpitaux une dizaine de ses compatriotes, devenues phtisiques. Outre les tailleuses de limes, il cita les ouvrières des fabriques de glaces, intoxiquées par le nitrate d'argent, les brodeuses à la machine, qui ne peuvent travailler plus de quatre ou cinq années, les employées des administrations centrales des chemins de fer, payées trois francs (salaire maximum) pour dix et onze heures de travail. - Il y a quelques années, le montage à l'ctau des chaussures fabriquées dans les cordonneries d'Angers valait aux ouvriers mâles 4 5 centimes la pièce; confié, depuis, àux femmes, les fabricants ne le paient plus que 32 çentimcs. - Une ouvrière en (1) E. Degay, Les Exploiles, monographies publiées dans le journal la Petite République.
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==