La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

LA REYCE SOCIALISTE Quelle conclusion tirer de tout ceci? Une conclusion pleine d'amertume : que le peuple ne peut plus mettre sa confiance dans la suprême magistrature, qui dcYrait avoir la tâche de défendre ses droits et de faire respecter la constitution et les lois par le pouYoir exécutif, comme le fit la Cour de cassation française, même dans des moments peu propices à la libcrtc et aux franchises constitutionnelles (Impallomcni). Conclusion douloureuse et humiliante pour l'Italie; c'est la confirmation de son infériorité en face des autres nations, pour ce qui concerne le respect des droits des cit0yens de la part du pouYoir cxccutif, et la pratique du rcgimc constitutionnel. Et cette infériorité est surtout confirmée par l'œuvrc de la Cour suprême de cassation, laquelle est restée au-dessous de sa tâche et a renié sa propre raison d'être. Et pourtant, dans « l'âge d'oï- des faits exceptionnellement dcshonnêtes et scandaleux », comme la Cour de cassation désigne la période des décom·c;·tcs des scandales de la banque romaine, il se troun un ministre, le sénateur Santa Maria qui, pris de nausée dcYant l'attitude de la magistrature la qualifia de « point d'interrogation >>; et n'ayant pas le courage d'interroger le sphinx, il le laissa a d'autres, et dédai~ gncux se retira. Et c'est alors, on l'a dit, qu'un écho honnête et courageux de cc dédain retentit: la réponse de la Cour de cassation. Il parait qu'aycc cet acte s'est épuisée la Yigucur de la suprême magistrature : lorsqu'elle se trouYc en situation de <lcYoirfermement affirmer son indépendance propre en face du gouvernement, clic plie et se soumet ; et sa Yoix se trouYc a l'unisson de celle du ministre, lequel, au parlement, ne prétend pas du tout se donner comme représentant de la justice et ne sait que défendre et justifier les prétentions et les actes de la rcaction. C'est de cc même ministre de grâce et de justice, a l'heure triste et p6rillcusc de dccadcnce et de réaction que nous traYersons, qu'en réponse a une interrogation de l'honorable lmbriani, l'Italie apprit que, « si le ministre aYait manifesté un désir a la magistrature, celleci aurait trom·é dans la procédure les moyens de le satisfaire>> (séance de la Chambre des députés, 7 avril 1894). La dépendance de la magistrature, en cc jour néfaste, fut officiellement proclamée. COLAJAl\~I.

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