La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

LETTRES SOCIALISTES ceux des réunions publiques. Avant d'agir il faut avoir pensé, assimilé ce qu'on a appris, réfléchi sur ce qu'on a lu et vu. Je ne vous invite pas même a vous inféoder a une doctrine ou à un parti, a vous enrégimenter des le dcbut sous un drapeau, fût-cc sous le nôtre. Je vous dis seulement : Écoutez toutes les cloches ! n'acceptez point d'opinions toutes faites! ne jurez sur la parole d'aucun maître! Je ne sais pas si vous connaissez tout votre bonheur. Vous n'êtes pas encore pris dans le terrible engrenage de la lutte. Vous ne portez aucune étiquette. Il vous reste des mois ou des annces paisibles pour savourer la sérénité des études désintéressées. Bien plus! Quoique l'enseignement qu'on vous donne soit loin d'avoir autant d'indépendance et de variété qu'il faudrait, vous avez parfois la chance d'aYoir des professeurs de tendances différentes, et en tout cas il vous est aisé de vous procurer des liYres qui ne sont point d'accord sur la solution des problèmes actuels. Quelles conditions excellentes pour la recherche de la vérité ! Or, sachez-le, la vérité n'est pas; elle devient. Les Alleniands l'appelleraient un perpétuel devenir. Elle ressemble a une statue colossale qui dort encore à demi prisonnière dans son bloc de marbre natal. Chaque siècle, chaque génération travaille à l'en dégager; les traits se dessinent un à un ; la tête émerge peu à peu; mais l'ensemble demeure assez enveloppé dans la pierre pour qu'une nuée de travailleurs puisse, durant bien longtemps, à coups de marteaux et de ciseaux, collaborer à la lente apparition de la forme mystérieuse. C'est surtout en matière sociale que la vérité a peine a venir au jour : tant de gens ont intérêt à la tenir cachée ! Mais le tour de votre génération est arrivé d'apporter sa part d'efforts à l'œuvre de patience que poursuit le genre humain. C'est pourquoi je vous convie à passer au crible de votre raison les theories de vos aînés, les nôtres comme celles de nos adversaires, puis de nous apporter vos vœux, vos critiques, vos doutes. Je ne v0us demande qu'un examen sérieux et loyal du pour et du contre, avec la volonté de suivre et de dire votre pensée sans peur et sans restriction ; aprés quoi (vous l'avouerai-je?) je ne suis pas inquiet du résultat. Il se peut que le socialisme, sur certains points, vous paraisse trop vague : eh bien ! vous nous aiderez à le préciser. Il se peut que sur d'autres il vous paraisse incomplet : eh bien ! nous chercherons ensemble à le parfaire. Il vous appartient comme à nous : ce n;est pas une petite chapelle fermée ; ce n'est pas même un composé de dogmes arrêtés sur tous les points en formules immuables. Vous réfléèhirez, vous discutèrez; mais je suis bien sûr que vous viendrez à nous, quand vous aurez compris que nous voulons ferme-

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