La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

160 LA REVUE SOCIALISTE LA DETTE PUBLIQUE C1) En 1894, la dette publique de la France est de 39 milliards, abstraction faite de la dette des communes et des départements. Aucune nation, à aucune époque, n'en a connu de pareille, même approximatiYement: aussi la France est-elle fiére de pouYoir montrer le plus gros budget du monde et d'entretenir ses rentiers avec une générosité • inconnue des autres pays. L'histoire de la formation de la dette publique, c'est l'histoire même de la France, avec toutes ses péripéties de guerres, de conquêtes et d'inYasions, ses alternatins de victoires et de défaites, sa marche continue \"ers l'unification et l'absorption des libertés locales et individuelles dans l'universelle servitude. Chaque guerre, chaque Yictoire comme c-haque défaite, était suiYie d'emprunts, d'impôts, de privilégcs concédés aux nobles, aux prêtres ou aux bourgeois, toutes charges uniformément supportées par le peuple taillable et corvéable. Seulement, il existe quelques lacunes dans le déYcloppement de notre politique financiére. Lorsque les rois de France ne pouYaient . plus payer les dettes qu'ils avaient contractées, ils annulaient purement et simplement le capital et les intérêts; j'en donnerai de nombreux exemples tout à l'heure. La Révolution fit à son tour une liquidation générale des engagements du passé; et c'est probablement pour cela, c'est parce qu'elle eut l'audace d'imiter la monarchie, de faire ~anqueroute, de Yioler brutalement le droit de propriété, qu'elle fut « grande » et qu'elle a laissé quelques souYenirs dans la mémoire des opprimés. Ses autres résultats sont contestables et les principes qu'elle a proclamés sont illusoires, s'il est \Tai que la liberté et l'égalité ciYi1 ' , , ' ' " 1 ' es, qu on rcprcsente comme un cnorme progrcs, n ont pas empec 1e (1) Les renseignements historiques et les chiffres qu'on trouvera dans cette étude ont été empruntés a l'ouvrage de M. Alfred Joubert, La Rente et l'impôt, lib. Guillaumin, 1893. Pour le compte des emprunts depuis la Révolution, j'ai adopté les chiffres de M. Emile Cossé, dans La Dette publique, lib. Arthur Rousseau, 1884.

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