La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE Le capitalistejuif. Puisqu'aujourd'hui je ne suis que toléré - je dois aujourd'hui sucer jusqu'à me remplir. Et pour pouvoir sucer à l'aise, sans être dérangé, je vais nicher dans les pores de notre prolétariat. Mais pourquoi ces longs discours ; laissez-moi sucer, sucer, sucer ... Pour n'être pas l'œuvre de savants et de lettrés professionnels - ou peut-être à cause de cela même - cette poésie n'en a pas moins un charme très réel. On pourrait, sans doute, relever chez certains de ces poètes des incorrections techniques et des maladresses de forme. Il faut les excuser en faveur du fonds, qui est toujours intéressant. La substantifique moelle récompense de la peine qu'on se donne pour briser l'os grossier. Au demeurant, si vous reprochez à ces poètes la rusticité et la monotonie de leur œuvre - monotonie, en ce sens que les idées générales exprimées sont toujours les mêmes - voici ce qu'ils vous répondront : cc Vous trouvez notre poésie trop uniforme? Mais le bruit monotone et régulier de !'Océan, l'ouragan de ses vagues. qui déferlent, n'ont-ils· pas troublé parfois vos doux rêves? N'ont-ils pas souvent rendu impossible votre sommeil ? » Et ce~te réponse, assurément, ne manque pas de grandeur. III CRIS DE HAINE ET CHANTS D'ESPOIR La lecture des pièces que nous avons traduites ci-dessus a pu déjà donner une idée de la nature des sentiments exprimés par les poètes révolutionnaires. Nous avons affaire ici à une véritable encyclopédie du mouvement démocratique dans l'Allemagne contemporaine. Tous les problèmes intcressant l'existence et le développement intérieur de notre grande voisine sont examinés par le détail avec un patriotisme qui, pour n'être pas celui des cafés-concerts, n'en est pas moins réel. Ces poètes sont à la fois ironiques et enthousiastes, tristes et joyeux. Ils sont pessimistes dans le présent et optimistes pour l'avenir; mais jamais ils ne se laissent aller à la désespérance. Leur conception fondamentale de l'existence est a priori l'optimisme. Ils sont persuadés que l'être humain est naturellement bon et qu'il ne devient méchant et corrompu que par son contact avec la société mauvaise que les hommes ont construite. Les révolutionnaires de 89 étaient imbus de principes pareils. Comme eux, les poètes socialistes allemands croient à la victoire future du Bien sur le Mal, au triomphe définitif de l'amour sur l'égoïsme. Comme eux encore, ils

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