LA REVUE SOCIALISTE Mais ces poétes n'ont pas laissé que lieds et chansons. Nous aYons d'eux des pièces de tout genre, trés différentes les unes des autres par la forme. D'une façon générale, on peut dire qu'ils emploient de prcférence des mètres simples, pouYant se graYer aisément dans la mémoire. Je ne vois guère que Fritz Kunert qui ait cultivé la forme saYante et passablement artificielle du so11net.Au demeurant, il y excelle: ses Guirlandesde S01111ets sont une suite de petits chefs-d'œune. Tous ces poètes populaires affectionnent les refrains et terminent volontiers leurs strophes par une phrase toujours la même, ainsi mise ën relief et comme placée en vedette. Audorf use de ce procédé dans un récit bien touchant qu'il réussit à sauYer de la banalité : il raconte la mort d'une fillette surprise par le froid et la neige au coin d'une borne. La pauvre enfant tient dans ses mains glacées un paquet de journaux qu'elle est chargée de Yendre. Et, dans son agonie, clic laisse encore échapper son cri habituel, qui sonne à la chute de chaque strophe comme un glas funèbre : « Le Journal des Etmngers ! » Tous ces poètes ont suiYi l'école dans leur jeunesse. Ils y ont appris des fables, et cette forme pittoresque et familière est restée gravée dans leur mémoire. Quand ils se sont mis à écrire eux-mêmes, ils ont utilis~ ces souvenirs. Leurs fables ne mettent pas en scène des anecdotes mythologiques et des héros de l'antiquité. C'est là un domaine qui leur est resté passablement fermé. Par contre, ils font parler et agir des animaux dont ils ont pu observer les mœurs en travaillant aux champs ou en se promenant dans les bois. Leur imagination vive, étroitement liée à une prédisposition constante à la réflexion, les porte à Yoir, dans tout phénomène extérieur, un rapport ayec le monde moral. Le tanneur Hasencleyer imagine un dialogue entre l'alouette et la perdrix. Il fait ressortir le contraste entre l'alouette, légère et YiYe, qui s'envole à tire d'aile vers les sommets, et la perdrix, lourde et gavée, qu'un embonpoint excessif empêche de prendre son Yol. Voici une fable qui a pour auteur Max Kegel : Un taureau noir et blanc, s'échappant de son écurie de grand matin, vint se promener, à l'aurore, dans les rues boueuses. Baissant son front cornu, il va, pensif, et songe. Car aujourd'hui les bêtes réfléchissent et s'occupent de philosophie. Il inspecte village et champ et jouit du réveil de la nature. Pourtant une chose le chiffonne : c'est de voir dans le lac le reflet rouge de l'aurore. On sait que les taureaux détestent cordialement la couleur rouge. Voilà donc notre animal qui entre dans une fureur terrible. Il s'agite, il souffle, il s'approche, il regarde et se met à beugler. Cependant, malgré ses menaces et son agitation frénétique, l'aube continue il rougeoyer. C'en est trop ! Dans sa rage aveugle, le taureau se jette à l'eau. Il se noya. Mais il nous reste encore beaucoup de ses pareils.
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