La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

148 LA REVUE SOCIALISTE pion de la cause populaire, un chœur d'adieux, exécuté par les compagnons, remplace les paroles du prêtre. Le jour de l'enterrement du poete Hasenclever, un groupe d'ouniers berlinois chanta au cimetiere les strophes suivantes, qui sont l'œuvre de Fritz Kunert: Celui qui a si longtemps et si âprem<!nt souffert, celui qui n'a cessé de combattre aux heures troublées et pleines d'angoisse où tout espoir était mort - qu'il repose dans l'étroite demeure où le sommeil et une paix profonde lui sont échus en partage. Ta vie s'est dissipée en un tourbillon, comme un orage sur la montagne. Elle s'est flétrie aussi rapidement que les fleurs éclatantes de l'été. - Mais, dans la prospérité et dans le besoin, fidèle jusqu'à la mort, tu as osé et combattu. Tu as brandi ton épée au service du peuple. En ce jour, le peuple dépose sur ton front la couronne de laurier. Ce peuple, si cruellement opprimé lui-même, déplore ta fin prématurée. Il honorera ta mémoire en restant jusqu'au bout fidèle au drapeau rouge. En avant donc ! sans arrière-pensée. Les grands anniversaires du parti socialiste ont aussi inspiré plus d'une fois des chansons de circonstance. L'anniversaire de la mort de Lassalle, par exemple (1864), a dicté à Jacques Audorf un lied qui passe pour le chef-d'œuvre de la poésie révolutionnaire en son pays. Cette picce a été surnommée la Marseillaisedesprolétairesallernands. Elle se chante encore aujourd'hui dans toutes les grandes occasions: Allons, s'écrie Audorf, que tous les amis du droit et de la Yérité se massent autour de notre bannière ! Nous sommes encore plongés dans la nuit profonde du mensonge, mais bientôt se lèvera le matin radieux ! C'est un dur combat que celui que nous engageons ; nos ennemis sont innombrables ; mais peu importe que le danger nous menace comme un incendie aux flammes dévorantes ! Nous ne comptons pas nos ennemis, ni les périls auxquels nous sommes exposés. Nous ne faisons que suivre le sentier audacieux où nous a guidé Lassalle ! L'ennemi détesté qui dirige contre nous ses bataillons épais et pressés, c'est l'ignorance des foules, que seul le glaive de l'esprit peut dissiper. Une fois que nous aurons démoli cette forteresse, qui pourrait bien nous résister? Alors, sur toutes les hauteurs, flottera bientôt la bannière de la vraie liberté. Nous ne comptons pas nos ennemis, ni les périls, etc. Le libre droit de vote est le signe par lequel nous remporterons la victoire. En avant, toujours! Nous ne prêchons pas la haine des riches, nous exigeons seulement les mêmes droits pour tous. Que l'amour nous enchaînt: dans un lien étroit ! Nous tendons à tous une main fraternelle. Aidez-nous à délivrer notre patrie de l'opprobre et à tirer le peuple de la misère ! Nous ne comptons pas nos ennemis, etc. La postérité rendra de nous un bon témoignage. Déjà le présent a les yeux fixés sur nous. Allons, commençons la danse ! Hé ! qu'importe si le sol

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