La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

MOU\'E~IE~T SOCIAL I 19 « quart de ce siècle, et bientôt la justice aura pris la place de l'injustice ». « Donnez-nous la Charte », disaient les réformistes du deuxième quart, « et « le Peuple sera émancipé et Yerra la fin de ses souffrances ». « Donnez-nous « la liberté du commerce et de l'industrie, clamait pendant le troisième quart « de ce siècle, la bourgeoisie a,·ide de s'enrichir, et la nation s'élèvera « triomphante et prospère ». Les revendications des radicaux et des chartistes ont partiellement abouti; les libre-échangistes ont obtenu tout ce qu'ils demandaient; et comme résultat nous avons une amrchie légale, dans laquelle les forts ont l'appui de la loi pour opprimer les faibles et où le crime triomphe, pour\'U qu'il soit avec la police et l'armée. Les « affaires » sont libres et décident souverainement en politique. Le dé\'eloppcment matériel de la nation a dépassé les espérances les plus optimistes et 1..:peuple s'est contenté d'élever ou d'abaisser tantôt un parti, tantôt l'autre, comme s'il s'était agi d'une force permanente; pendant cc temps, sa situation à lui devenait de plus en plus mauvaise ... Lord Rosebery Mclarait dernièrement que le programme de l' « Indépcndent Labour Party » est utopiste et engageait vivement les ouvriers à a\'oir foi dans les propositions pr,itiques du libéralisme. Avec autant de c01wiction que M. Labouchère et n'importe quel progressiste radical, le Parti ouvrier indépendant est partisan du suffrage universel, de l'indemnité parlementaire, de la suppression de la Chambre des Lords, dt: l'abolition de la monarchie. Mais la sép:iration apparaît lorsque les radicaux prétendent que ces réformes doivent avoir le pas sur les réformes sociales. li faudra de longues années pour faire aboutir les revendications purement politiques, et lorsque ces desiderata seront réalisés, il faudra tout de même prendre la mie que les ouvriers \'Culent suivre dés maintenant. La réorganisation de ti production est le besoin le plus urgent de la génération actuelle; la question des s:ins-tra\'ail de,·ient brùlante et la solution n'en peut être retardée. Cela n\:mpêche pas lord Rosebery, et avec lui k parti lib.'.!ral tout entier, de discuter à perte de rne sur la réforme électorale et la séparation de l'Église et de l'État, comme si le sort de la nation en dépendait. Même dans ses ramifications les plus avancées, le libéralisme est en retard d'un quart de siècle sur les tendances de notre époque. Il n'est pas vrai que la liberté règne. Les hommes sont libres <le croire ou <le ne pas croire, de \"Oter ou de ne pas voter; m:iis ils ne sont pas libres de travailler. Les instruments de tra\'ail sont détenus par quelques-uns et sen·ent à augmenter b « richesse de la nation » au prix de la vie du peuple. Le lib.'.!ralisme est incapable de réaliser d'une manière complète les réformes politiques qu'il pr6conise; quant aux aspirations nou\'elles vers la liberté économique, il n'est pas m.'.:me capable de les comprendre ... On nous demande parfois : pourquoi les ouvriers ne restent-ils pas dans le parti libéral et pourquoi ne se sen·ent-ils pas de celui-ci comme d'un instrument? Nous répondrons à cette question en citant l'exemple du parti irlandais, dont ks re\'endications sont arrivé:l!s au premier plan, non parce qu'elles sont plus pressantes, mais parce que plus que les autres elles ont agi sur la Chambre par la poussée du dehors. Ceux qui se meuvent dans les cadres

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