REYUE DE LA PRESSE ÉTRA:-SGÈRE 105 conclusion pratiq~le que l'autocrate russe : le mépris le plus absolu de toute sagesse populaire. Quand un Anglais dit qu'il croit au gom·erncment populaire et quand il parle de la souveraineté de la nation, il sait cc qu'il veut dire. Il entend que lorsque la majorité de la nation légale, aux élections générales, a décidément exprimé son opinion, nul pouvoir au monde ne peut la contrecarrer et empêcher que cc qu'elle veut soit fait. De la souveraineté populaire en cc sens, il n'est pas même question en Amérique. L'homme politique américain paye à la volonté de la nation exactement le même hommage que le czar russe. Le postulat, admis par tout homme politique américain - postulat em·eloppé dans la constitution même - c'est que les électeurs, s'ils sont consultés, ne p~u,·cnt donner qu'une réponse folle et de nul effet. Tous les efforts de la constitution sont dans cc sens : rendre illusoire le suffrage. L'A1rn:rique n'est pas gouvernée par le souverain pouvoir du peuple s'affirmant par le vote, elle est gouvernée par la main morte des constituants. » Suit une analyse non pas abstraite, mais prise sur le yjf du mécanisme et surtout du fonctionnement de la machine constitutionnelle: président, Sénat, Chambre des Communes, gouverneur d'État. Quand vous discutez cette question avec des hommes d'État américains, continue \\'. T. Stead, ils ret0mbent toujours sur cette formule : il faut se tenir en garde contre les à-coups de la folie populaire. C'est exactement la réponse que font les aut0crates russes. La seule différence est que le Russe ne se donne pas la peine, bien inutile, de consulter laborieusement l'opinion publique et que !'Américain ne voudrait pour rien au monde se dispenser de ccttc formalité : elle doit compter pour rien, mais elle est indispensable. Ce sy~tèmc sa,·ammcnt èlaboré pour annuler la volonté populaire, qui est la ~aractéristiquc de la constitution fédérale, se retrouve, mais à un tkgré tout à fait inconcevable, dans les constitutions des différents États. L'Illinois, en cc genre, cst un vrai mod.::le. On laisse à \V.T. Stcad la rcsponsabilitc.': de ses opinions. Mais cc parallèle prolongé et systc.':matiguc de la Russie et de l'Amérigue n'est-il pas frappant, dans la bouche d'un anglais? La Justice, de Londres, poursuit la publication de l'histoire de la Commune, par E. Belfort Bax. Cette histoire, tres YiYantc, écrite par un c.':trangcr, contribuera à dissiper bien des préjugés. Dans le Clario11, de Manchester, on trouve la continuation des humoristiguçs pamphlets de Robert Blatchford et de « l'art du bonheur », par Mont Blong. L'A111ericanéco110111aisesociation a, dans ses récentes publications: « l'assistance publigue en France », par Emily Greene Balch, « les premières étapes de la politigue de tarif aux États-Unis», par \Villiam Hill, études historiques sur le protectionnisme et le libre-échange, de 1775 à nos jours. On y lit a\'ec intérêt les vues de John Adams, Franck.lin, Madison, Jefferson, Hamilton, Washington, Dr Pricc, lord Shclburne. A l'exception d'Hamilton, les hommes gui dirigérent les affaires d' Amériguc jusgu'en 1784, furent en faveur du libre-échange.
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