La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

100 LA REYl:E SOCIALISTE Elle s'est résorbéc dans la moralc sociale. Elle n'cst plus qu'un ch:ipitre de Ll sociologie. Ch. Fouricr fut l'initiateur dc ccttc ré\-olution. La Rifon11a sociale l'appellc « un génie et un fou ii. Pourtant, se h,îtc-t-elle d'ajouter « le jugcml:'nt dc Fouricr a troU\·é dc l'écho un pcu partout. Léon \\'airas, fils d'un économistc dc Yalcur et profond économiste lui-même, disait, il y a qudqul!S annécs, quc les sciences morales et politiques sont cncorc aujourd'hui au point où cn étaient les scienccs physiques ct natun.:llcs il y a trois ccnts ans ii. Il laissait cntre,·oir quc l'économie politique, à la façon de J.-B. Say, dc\'ait, sous peine de mourir, rcjoindre les scicnccs m:ithénutiqucs d'une part, de l'autre la sociologic. Plus simplcment, l'économie politique doit fournir un rccueil dc statistiqucs élaborées, Yoilà pour les faits bruts it cnregistrcr, et soumettrc ces statistiques ù un contrôle pilosophique, Yoilà pour les lois sociologiqucs it tirer dcs faits. l\ous YoiEI bicn loin dc la prétention des Yicux l'.:rnnomistcs « Scnior prétendait quc l'économistc, à la différence des rcprésent,1nts dcs autrcs scicnces, 11 'a pas bcsoin dl! longues obsen·.1tions et qu'il lui suffit de rcgarder l!n passant, puis dc tirer dcs déductions dcs thi:scs générales pour découHir dcs lois étcrncllcs i>. Ccs lois C:-tcrnellcs sont, commc on s,1it, les médiocrcs génér,llisations cmpiriques qu'on appellc loi dc l'offrc ct dc la dcmandc, luttc pour la \'ic, sun·i\'ance du plus :idapté, pour nc pas parkr dcs farces arithmétiqucs intitulécs: lois dc Malthus ou dc Ricardo. La R1fon11asociale rompt nettcmcnt en \'isiére it l\1ncicnne érnnomi.: politiqu.:. « Aujourd'hui, dit-die, la t.:n<lance socialistc pt'.-ni:trl! partout, l!t toutc b sci.:nce socialc, comme tout.: la \"il! social.: cn reçoit l'influenc.: ». l\l.1lgré son cachet édectiquc, la nou"elle renie italiennc a donc unc ori.:ntation franchcm.:nt socialistl!. L.:s articles sont tous dans cc scns. « Sciencc sociale et réforme sociale ll, d'Achille Loria, le premicr article, pose nett.:1111:nt la qucstion. ,\pri:s aYoir comparé les Yastes synthèses Je l'école hégélicnnc, dont notre Proudhon n'est pas exempt, et les billc\'esécs empiriques de l\'.:cok cousini.:nnc, dont Ml\1. fü1udrillart, P. Lcroy-Beaufü:u, cons.:n·cnt la tradition, Achille Loria conclut ainsi : « Pour inspirer l'œu\'rl! <lu législ,1tl'ur, que restc+il ? La sociologi.: au scns large du mot, cette direction intdlcctudle qui nous fait comidérer comme unique but dc la sci.:ncc l'expr.:ssion synthétique <lc la réalité, dc scs r:ipports positifs, <les causcs qui les produiscnt, dcs lois qui en règlent 1c mouv..:mcnt. En fait, cette dirl'.::tion d'csprit condamne toutc construction syllogistiqu.:, <lisjointc de la réalité ct inapplicable à cette rc:alité. Lcs théorics que cctte école scientifique proclamc se pr0poscnt d'analyser intimcmcnt les r,1pports économiques qui se dé\'doppent sous nos ycux, d'cn retr.1ccr ks proccssus ct lcs causcs. Unc tellc école, p,1r excmplc, nc construit pas une théorie fant,miquc de la popul.1tion, pour la <léclarcr après coup inappli.:abk :1 la société contemporaine; elll' ,·eut quc s,1 théorie de b population relie, en les expliquant, <les faits comm.: le Lazzarone <l.: Naples, 1c « c.1ruso )) de Sicilc, lt:s famines de Russic, les tumultcs de Trafalgar-Squarc. Ellc n't'.-tudie pas la do.:trine du capital, :tYCCla farce de l'l'.:pargnc, pour la <léclarcr ensuitc inapplicable à notre ploutocratie fin Je siècle, mais clic \'eut que sa théorie du capital explique les accrbcs contrastcs qui éclatent aujourd'hui entrl:' le capital et le tra\'ail.

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