T'.1:TRODUCTIO:,. A LA « MORALE SOCIALE » 647 rêt, ne peut y trouYer le droit humain. Certes, les capitalistes pcuYent se dire qu'en serYant directement leurs propres intén;ts, ils servent indirectement l'humanité. Ils pcuYcnt se dire notamment que par les grandes entreprises, dont ils retiennent presque tout le bénc'.:fice, ils contribuent a la ciYilisation générale. Oui, ils pcm·cnt se dire cela, ou le faire dire par les officieux de l'économie politique. Mais, au fond, ils sentent bien que, s'ils sont utiles, c'est par hasard et comme par ricochet, que /eur but n'est point li, et que s'ils tra\'crscnt parfois le courant humain, c'est comme le chien de chasse qui, acharné aprcs sa proie, rencontre et traYcrsc un ruisseau et y laisse au passage la poussiére dont il est cou,·crt. Et surtout ils doiYcnt bien s'ayouer qu'en fait les Yictoircs du Capital n'ont rien d'humain, puisqu'elles font de la puissance de la liberté naie le priYilège de quelques-uns. L'homme ne Yaut plus par lui-même, par sa faculté d'aimer, de souffrir, de penser : il ,·aut par la puissance extérieure dont le reYêt le Capital. Et sans cette puissance, il ne Yaut pas : il n'a pas droit au plein et libre dheloppement de ses énergies. Au fond du capitalisme, il y a la négation de l'homme. Selon la logique capitaliste, il est possible, a la rigueur, qu'un jour un seul homme soit propriétaire absolu de tous les moyens de production de la planéte, qu'un Charles-Quint du Capital, plus ambitieux, plus heureux et un milliard de fois plus puissant que l'autre, réalise la monarchie uniYerselle de !'Argent et que tous les hommes, tous, sauf un, soient des salariés; il est possible, scion la logique et le droit capitalistes, qu'un jour, un homme, un seul homme, maître de tout, puisse refuser i tous les autres hommes tout le sol de la planète, toutes les machines de toutes les usines, et que l'humanité soit acculée légitimement, et sous peine de Yiolcr la Propric'.:té, à un immense suicide. Encore une fois, rien dans le mécanisme capitaliste, rien dans la définition du Capital ne s'oppose absolument i la rc'.:alisationde cette monstrueuse hypothèse, pas plus que rien, dans la notion de la monarchie absolue et catholique et dans son fonctionnement, ne s'opposait a une sorte d'impérialisme universel. Bien mieux, c'est Yers cette fin suprême que Ya le Capital et tout c:ipital. Il ne connaît pas de limite, et il n'y a pas de puissance qui puisse lui en assigner tant que l'Humanité ne l'a point Yaincu et subordonné. De soi, il tend a dépasser toujours toute limite marquée : c'est-a-dire qu'il tend Yers l'infini, c'est-à-dire Ycrs l'omnipotence, Yers la déification de l'individu humain en qui il résidera et qui sera son clu. Dés lors, quand les capitalistes regardent jusqu'au bout de leur pensée, jusqu'au bout de leur droit, ce qu'ils ,·oient, cc n'est pas l'humanitc, mais au contraire la négation _de l'humanité : tout au bout de la perspectiYe capitaliste, comme au bout des mystfrieuses aYenues dans les résidences sacrées
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==