La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

594 LA REVUE SOCIALISTE savoir est si l'action parlementaire, qui est d'autant plus en• faveur qu'elle correspond bien au te111pérament quelque peu flegmatique de la foule, a fait négliger la propagande en général et surtout la propagande révolutionnaire; or, c'est ce que nous ne saurions admettre. Un coup d'œil sur la presse, un tour dans les assemblées populaires suffirait pour prouver que le parti, pour avoir changé de tactique n'en est pas moins resté révolutionnaire. Ce que l'on nous a présenté sous ce rapport comme un renoncement à ses principes n'est qu'une tendance à s'é111anciper de son doctrinaris.me; ce qui nous paraît être un abandon de son attitude intransigeante et franchement révolutionnaire n'est qu'une évolution vers une conception politique moins dominée par un fatalis111eéconomique exagéré. Les socialistes allemands, en un mot. poussés par la force des choses, s'inspirent de moins en moins des idées de l'inflexible théone de leur maître, pour suivre préalable111ent la maxi111edu célèbre docteur Kirchhof: Si théol"ie et pratiqul' ne s'enlendent pas, let prnlirJttl' a loujoars raison. La déviation de b voie si orthodoxement marxiste, qui sous la répression orthodoxement bismarkienne ne pouvait s'opérer que lente111entet d'une manière imperceptible, nos ./ewies ou lndépe11daills la constatèrent les premiers. C'est avec raison qu'ils dé111ontrèrent l'opposition qu'il y a entre la profession de foi imposée par la tactique et la propagande, telle qu'elle est pratiquée. Mais au lieu de se tenir à l'écart des récriminations personnelles, les porte-paroles de la jeune opposition se !aissèrent trop aveugler par leurs sentiments hostiles pour ne pas succomber à la tentation de vouloir prouver plus qu'il n'était possible. li y eut des excès de langage regrettables. Non pas qu'on pùt leur faire un g-rand délit de ce caractère personnel de leur opposition ; dans. l'autre ca111pon se sen·ait des mêmes armes ; fait déplorable, mais peu étonnant pour qui a eu l'occasion de constater !"amour-propre de quelques sommités du parti. Mais ce qu'on était en droit d'attendre d'eux, un enthousiasme et une ardeur juvéniles, à l'épreuve de tous les dangers d'une propagande active. puis des idées originales, reposant sur un sa,·oir supérieur. voilà ce qui leur a généralement fait défaut. Ils perdirent rapidement le contact qu'ils avaient pris avec le public et descendirent au niYeau d'un groupe étroit annihilant ses forces dans un doctrinarisme stérile. Les Jeunes, pour conclure, avaient raison, lorsqu'à plusieurs reprises ils critiquèrent sévèrement la conduite officielle du parti. Nous faisons en première ligne allusion à l'attitude indécise de la direction centrale à propos de la question du premier Mai. C'est à bon droit qu'ils blâmaient toute expression pouvant faire croire à un compromis, dans la presse, au Parlement ou dan~ une assemblée publique, mais ils avaient tort lorsqu'ils concluaient de ces erreurs et de ces fautes

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