LE PREMIER MAI • liales, chaque parti ses jours de commémoration, l'idée de créer une journée de démonstration internationale de solidarité humaine devait forcément surgir. C'est une de ces idées de génie sorties des entrailles mêmes de la foule, où elles se trouvent couvées à l'état de vagues aspirations, et dont un jour quelqu'un trouve la formule fécondante. Aux socialistes Ju Congrès de Paris ( 1889), aux représentants ouvriers des Congrès de Bruxelles (1891), de Zurich (1893) l'honneur d'avoir trouvé, pujs élargi et consolidé la formule permettant de rallier le Premier Mai tout le prolétariat, tous les socialistes, tous les révolutionnaires, sous les plis d'un même drapeau, le drapeau rouge, dont les plis sont assez larges pour abriter toute l'humanité, et qui est aux drapeaux nationaux ce qu'est aux fêtes nationales la journée internationale du Premier Mai : le Noël du Collectivisme, le Jour de !'Egalité et de l'Humanité. Quant à la première et fondamentale revendication des manifestants du 1er mai, la journée de huit heures, elle s'appuie sur Je pouvoir qu'a la Société de légiférer en matière de règlementatiori du travail, et sur le droit qu'ont les Socialistes d'imposer à la Société cette réglementation du travail comme un devoir strict et étroit. Aucun intérét légitime n'a donc à s'alarmer de voir les ouvriers rechercher une amélioration à leur misérable sort et demander aux pouvoirs constitués de porter des lois contre le surmenage et les longues journées de travail. Quand l'ouvrier a fait cinq ou six heures de travail, il a déjà suffisamment produit pour les besoins de consommation de sa famille. Toutes les heures suplémentaires entrent eh belles espèces sonnantes dans les coffres-forts des patrons. - En travaillant huit heures, l'ouvrier ferait encore cadeau au capitalisme de deux ou trois heures par jour. N'est-ce pas assez? Y a-t-il donc dans cette revendication prétendue subversive des huit heures quelque chose d'anti-social ? Les « Saintes écritures » disent : « Vous gagnerez votre pain à la sueur de votre front. » Mais elles ne disent pas: Vous resterez plus de la moitié de la journée dans l'atmosphére empoisonnée d'une mine, d'une fabrique ou d'une usine. L' « écriture sainte » ne commande pas à la femme d'aller faire la concurrence à son mari, à l'enfant d'avilir le salaire de son père. Ellene dit pas au mineur, au serf des chemins defer, qu'ils exposeront chaque jour leur vie pour un salaire qui n'équivaut pas aux frais d'entretien d'un soldat ou d'un policièr. Elle n'oblige pas l'ouvrière à s'étioler dans les fabriques, à se casser la poitrine sur la machine à coudre, à grelotter sous les cotonnades après avoir couvert de soie et de dentelles les cocottes de toute la chétienté. Elle ne dit pas que, lorsque la machine aura mutilé l'ouvrier, ou
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